Il aura fallu trois conventions citoyennes pour que le regard se pose enfin sur la question centrale du bien-être des enfants à l’école et ailleurs. Le 23 novembre 2025, le Conseil économique social et environnemental (CESE) a rendu au président de la République le rapport de la Convention citoyenne sur les temps de l’enfant. Dans une interview à Ouest France le 4 janvier, le Ministre de l’Education nationale Edouard Geffray a salué les travaux et estimé que “les temps de l’enfant sont trop fragmentés et mal articulés entre eux, entre le scolaire, le périscolaire et l’extrascolaire”. Pour autant, il renvoie la délicate question des es rythmes scolaires à la présidentielle. En attendant, VersLeHaut propose de faire vivre le débat.
Mise en place par le gouvernement Bayrou, cette convention a mobilisé 133 citoyens français tirés au sort. Femmes, hommes, jeunes, moins jeunes, urbains, ruraux, ultramarins, retraités, cadres, diplômés du supérieur ou non, ces citoyens se sont réunis à sept reprises durant trois jours. Trois semaines d’acculturation et de délibération pour tenter de répondre à une question : Comment mieux structurer les différents temps de la vie quotidienne des enfants [de 3 à 18 ans] afin qu’ils soient plus favorables à leurs apprentissages, leur développement et leur santé ?
A question centrale, dispositifs inédits : les travaux de la convention se sont en effet accompagnés de la concertation d’un panel de 20 enfants et adolescents – âgés de 12 à 17 ans – ainsi que de la tenue de 29 ateliers dans les territoires pour mettre en relief les spécificités territoriales.
Le gouvernement a désormais entre ses mains 20 propositions pensées selon les besoins des enfants. Certaines de ces propositions citoyennes font largement écho aux pistes identifiées dans les travaux de VersLeHaut et inspirées par l’action de professionnels de terrain. Passage en revue.
Réorganisation des apprentissages et des temps scolaires
Une des mesures la plus commentée est sans conteste celle sur l’aménagement des apprentissages et la réorganisation de la journée scolaire des jeunes en 3 temps : les apprentissages théoriques le matin, des apprentissages pratiques l’après-midi et des activités artistiques, culturelles et sportives à partir de 15h30. Ciblée par certains syndicat, cette proposition vise pourtant à susciter davantage l’envie d’apprendre des enfants en intégrant des temps d’apprentissages de la vie quotidienne et en tenant compte des pics de concentration quotidiens des jeunes.
Cette mesure répond aux constats posés par VersLeHaut. En 2024, notre étude Le monde du travail, nouvel horizon éducatif ?, soulignait la nécessité de diversifier les apprentissages tout au long de la scolarité. Parmi les options envisagées, l’intégration du geste et de la culture professionnels dans le socle commun permettrait en outre de nourrir le projet d’orientation. Un apprentissage porté par de nombreuses associations, qui multiplie les champs d’action : artisanat et activités manuelles – A deux mains et De l’or dans les mains –, engagement éco-citoyen – Imagineo.
Diversifier les apprentissages en laissant plus de place à la pratique et aux activités artistiques, culturelles et sportives.
Parallèlement, notre étude Le sport, terrain d’éducation recommandait déjà d’expérimenter des rythmes alternés avec des cours théoriques le matin et des cours de sport l’après-midi. L’occasion pour atteindre 6 heures d’EPS au collège et 4 heures au lycée grâce à la mobilisation des éducateurs. Si cette proposition de la convention est saluée par le Comité national olympique et sportif français (CNOSF), de nombreux syndicats comme le SNES-FSU ou le SNEP-FSU ont exposé le risque d’un accès insuffisant aux installations sportives ainsi que la possibilité d’une relégation des enseignements sportifs et artistiques à des activités périphériques.
Autre mesure forte avancée par la convention : l’adaptation des activités pédagogiques aux besoins spécifiques des enfants. L’opportunité de permettre à tous les enfants d’apprendre et de grandir en s’adaptant à leur rythme, à leurs difficultés. Dès 2020, VersLeHaut proposait d’offrir un parcours plus personnalisé à chaque élève – et pas seulement à ceux ayant des besoins éducatifs particuliers[1]. Nous faisions également le constat d’un besoin de renforcer le volet artistique et culturel des projets d’accueil personnalisé des enfants en situation de handicap ou à besoins particuliers[2].
Adapter les activités aux besoins de tous les enfants.
Cette mesure pourrait s’appliquer nationalement en s’inspirant de certaines actions déjà existantes. Ikigaï, par exemple, sensibilise les éducateurs à l’accueil et l’accompagnement d’un enfant avec troubles du neurodéveloppement en milieu ordinaire et épaule les parents dans leur parcours parental et éducatif. L’association Signe de sens conçoit quant à elle des dispositifs inclusifs qui facilitent l’apprentissage pour les personnes aux besoins spécifiques.
Plus que la transmission d’un savoir ; le cadre d’un épanouissement de tous les enfants, en tout temps et en tout lieu
A l’aune des élections municipales de 2026, comment ne pas voir dans les propositions du CESE un appel à l’action des futures équipes élues ? C’est l’objectif qui sous-tend l’idée de rendre obligatoire l’élaboration de Projets éducatifs de territoire « nouvelle génération » sur l’ensemble du territoire national. Le but ? Assurer la collaboration des acteurs de la politique de l’enfance et de la jeunesse. Cette mesure doit être appliquée en prenant en considération les spécificités locales – les enjeux de mobilité, la situation économique, la composition du tissu d’acteurs mobilisés – pour répondre au mieux au bien-être des enfants. C’est d’ailleurs ce que recommande le Réseau français des villes éducatrices (RFVE) en souhaitant un projet par territoire, avec tous les acteurs autour de la table.[3]
Assurer la collaboration des acteurs locaux de l’enfance et de la jeunesse.
Nous avons également défendu une telle approche, notamment en développant les partenariats école/acteurs éducatifs locaux permettant aux établissements de recourir à des intervenants extérieurs pour les parcours éducatifs transverses ou le suivi personnalisé des élèves. Un déploiement qui rend également possible les collaborations entre les établissements scolaires et les clubs sportifs au travers d’une délégation locale de service public pluriannuelle.
Dans cette logique de convergence des acteurs et des temps éducatifs, l’ouverture des établissements scolaires apparaît comme un levier complémentaire. Elle permet aux élèves de se voir proposer de nouvelles activités afin de faire des rencontres et de vivre des expériences pour ouvrir leur champ des possibles. Ces moments, qui peuvent s’avérer cruciaux dans leur parcours d’avenir, sont aussi l’occasion de maximiser l’usage des établissements en limitant les coûts liés à la création de nouvelles infrastructures.
Ouvrir les établissements scolaires pour proposer de nouvelles activités et ouvrir le champ des possibles.
Ces pratiques d’ouverture des établissements scolaires s’appliquent déjà. Par exemple, les ateliers Amasco investissent des établissements scolaires durant les vacances scolaires pour proposer des semaines de vacances apprenantes autour d’activités variées, ludiques et articulées avec les apprentissages scolaires.
Ouvrir l’école, c’est aussi y faire rentrer ceux qui peuvent enrichir le vécu quotidien des enfants. Ainsi, nous plaidons pérenniser et faire connaître le dispositif d’attribution de bourses de résidence d’auteurs en établissement scolaire afin de rendre plus vivantes la lecture et l’écriture [4].
Il est par ailleurs grand temps de partager ces instants d’épanouissement avec les premiers éducateurs des enfants : les parents. Nous défendons ainsi la démocratisation des espaces parents dans les écoles dont l’animation serait confiée aux associations[5].
Travailler à la cohérence des temps de l’enfant, c’est faire avec les familles
Le rôle des familles est central dans l’éducation de leurs enfants et pourtant la relation qu’elles entretiennent avec les autres éducateurs n’est pas toujours évidente. Entre méfiance, manque de temps, sentiment d’illégitimité : il est parfois difficile de se faire sa place pour un dialogue équilibré . Le soutien à la parentalité figure parmi les 20 propositions de la convention qui souhaite justement renforcer le cadre légal des aides à la parentalité .
Reconnaître le rôle des parents et mieux soutenir la parentalité pour une meilleure cohérence du projet éducatif.
Nous sommes persuadés que ce renforcement contribuera profondément à un meilleur continuum des temps de l’enfant. C’est pour cela que nous appelons à consolider l’accompagnement à la parentalité. Cela passe d’abord par son intégration systématique dans les Contrats locaux d’accompagnement à la scolarité (CLAS). Une attention particulière doit également être portée à une mobilisation plus efficace des Établissements d’accueil du jeune enfant (EAJE). Enfin, il s’agit d’encourager l’innovation, notamment via des Contrats à impact social.[6]
Notre étude Familles sous pression, qui les soutient ? recense de nombreuses initiatives dans ce domaine qui souffrent cependant d’un déficit de notoriété. Nous partageons le diagnostic de la convention citoyenne qui plaide pour une amélioration du recours aux dispositifs existants.
La relation École-Familles passe également par les devoirs donnés par les professeurs. Et si la convention suggère d’effectuer les devoir essentiellement à l’école, pour préférer des « revoirs » à la maison, il nous paraît également pertinent de convier les parents lors de séances d’aide au travail personnel, animées par les enseignants eux-mêmes[7]. Cela répond également à une réalité : selon notre baromètre Jeunesse&Confiance 2025 un tiers des enfants ne peuvent bénéficier de l’aide de leurs parents pour faire leurs devoirs.
Longtemps reléguée au second plan, jugée trop technique ou secondaire, la question des temps de l’enfant rappelle au contraire l’importance d’établir des politiques publiques en phase avec la reconnaissance de l’enfant dans toutes ses dimensions : corporelle, cognitive, affective et sociale. L’ambition et les travaux de la convention citoyenne sur les temps de l’enfant marquent une rupture dans la manière d’envisager l’organisation sociale, à la fois dans une journée, sur une année et sur un territoire. Des initiatives locales montrent déjà la pertinence de ces propositions et pourraient servir de modèles à un déploiement national. Alors que les jeunes du panel consulté ont décidé de se former en association, près d’un mois après la restitution du rapport et face à des syndicats révoltés, force est de constater qu’aucun acteur politique ne s’est emparé des propositions de la convention[MM20] . Trouveront-elles un jour leur écho ?
[1] École : à la recherche d’un nouveau souffle, juillet 2020.
[2] L’éducation, tout un art, décembre 2021.
[3] “Réactions contrastées après les propositions de la convention citoyenne sur les temps de l’enfant”, Banque des territoires, 25 novembre 2025.
[4] La lecture B.A-BA de la relation, novembre 2022.
[5] Familles sous pression, qui les soutient ?, novembre 2025.
[6] Familles sous pression, qui les soutient ?, novembre 2025.
[7] Soutenir les familles : le meilleur investissement social, septembre 2017.