Depuis plusieurs semaines, les feux médiatiques sont braqués sur le périscolaire parisien. Si ces violences appellent des mesures d’urgence, celles-ci ne suffiront pas à garantir un environnement bientraitant pour les enfants. Ce moment de crise est donc également une invitation à réinterroger le statut et les conditions d’exercice de métiers éducatifs structurellement en souffrance. 

Depuis de nombreuses années, des voix s’élèvent pour alerter sur les dysfonctionnements ayant court dans de nombreux services d’accueil périscolaires partout en France. Les conditions réelles d’exercice du métier d’animateur – pénurie de profils qualifiés, déficit de formation, taux d’encadrement non respectés – rendent difficile la fourniture d’un service public de qualité. Dans certains cas, ces dysfonctionnements facilitent la survenance de négligences voire de violences.  

Il aura fallu que se produisent d’insupportables abus sexuels pour que l’attention médiatique se focalise sur le périscolaire parisien. Le maire fraichement élu, Emmanuel Grégoire, a annoncé à la fois des mesures d’urgence – une « chaîne de signalement simple, accessible et identifiée », une vérification accrue des profils et une suspension « au moindre soupçon » – et des pistes de réformes plus structurelles – une formation systématique et une convention citoyenne sur la protection et les temps de l’enfant à l’école.

Les indispensables mesures d’urgence ne sont pas suffisantes pour garantir un environnement bientraitant pour les enfants. 

Les seules mesures d’urgence, bien qu’indispensables, ne sont en effet pas suffisantes pour garantir un environnement bientraitant pour les enfants. La qualité d’accueil et d’accompagnement qu’on est en droit d’exiger dans un contexte périscolaire nécessite la présence d’adultes compétents, reconnus et épanouis. Ce que les conditions effectives d’exercices ne permettent actuellement pas de garantir. 

Des conditions professionnelles dégradées

Depuis 2021, le collectif SOS Périscolaire a recensé des centaines de témoignages de parents et de professionnels faisant état de violences verbales, brimades, intimidations, négligences, défaut de surveillance et d’encadrement lors des temps périscolaires. Et ce sur l’ensemble du territoire français. 

Les efforts exemplaires de nombreux professionnels sont contrariés par la fragilité du système. 

Cette récurrence tend à ternir l’image de l’animation. Les efforts exemplaires de nombreux professionnels sincèrement engagés au quotidien pour les enfants sont contrariés par la fragilité du système.  Ce secteur souffre en effet de conditions professionnelles dégradées qui contribuent aux dysfonctionnements. 

Une récente publication de l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP) dresse un état des lieux de la réalité du métier d’animateur socioculturel et de loisirs. Moins diplômés que la moyenne des salariés, souvent soumis à des contrats courts et des temps partiels majoritairement subis, ces animateurs se sentent peu considérés. Cette réalité pèse sur l’attractivité du métier. 

La réalité des profils recrutés s’en ressent. L’ambition a été affichée depuis longtemps de professionnaliser les accueils de loisir en recrutant des animateurs ayant les diplômes réellement requis pour l’exercice de cette fonction : brevet d’animateur certificat professionnel de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport (CPJEPS), brevet professionnel de la jeunesse, de l’éducation populaire et du sport (BPJEPS) par exemple.  

Dans les faits, les équipes d’animation sont encore largement composées de non-diplômés ou de détenteurs du brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur (BAFA) ou du brevet d’aptitude aux fonctions de directeur (BAFD) qui sont des diplômes conçus pour un exercice occasionnel et non-professionnel des fonctions d’animateur. 

Le diagnostic est posé depuis longtemps et un plan gouvernemental avait été lancé en 2022, sans que les ambitions affichées paraissent vraiment suivies d’effets.

Une crise qui touche d’autres métiers de l’enfance

Ces difficultés structurelles ne sont pas circonscrites aux métiers de l’animation.  D’autres professionnels qui travaillent au quotidien avec les enfants sont concernés. Ces dernières années, l’attention a été portée notamment sur les métiers de la petite enfance ou encore sur le cas des accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH)

Ce dernier exemple est assez emblématique. Les AESH constituent le deuxième métier de l’Education nationale en nombre de personnels mais exercent dans des conditions largement dégradées : temps de travail incomplet, salaire mensuel moyen de 1030 euros nets, manque de reconnaissance très largement ressentie

Une récente proposition de loi visant à la création d’un corps de fonctionnaires de catégorie B pour ces personnels – revendication portée notamment par plusieurs syndicats – a été rejetée. Mais la récurrence des diagnostics devrait nous inviter à voir plus loin en pensant des solutions communes aux différents métiers éducatifs rattachés au contexte scolaire. 

Revitaliser la vocation éducative en milieu scolaire

La récente Convention citoyenne sur les temps de l’enfant a constaté le sous-investissement chronique de nombreux secteurs de l’enfance et souligné l’importance d’une plus grande cohérence et continuité entre l’action de l’ensemble des adultes qui prennent en charge ces différents temps.  

L’école maternelle a ouvert la voie à travers le déploiement des agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles (Atsem) qui interviennent sur différents temps et dont les missions et les perspectives de carrières ont été redéfinies en 2018.  

Certaines municipalités ont quant à elle fait le choix d’employer leurs animateurs par des contrats à temps plein et à durée indéterminée. Une convention signée entre la ville de Paris et l’académie de Paris en 2023 a également permis le cumul d’emploi entre AESH et personnel périscolaire.

Un pas supplémentaire semble nécessaire pour revitaliser la vocation éducative et ainsi améliorer significativement la qualité d’accueil sur l’ensemble des temps éducatifs.

Le plan de 2022 pour “Pour un renouveau de l’animation en accueils collectifs de mineurs” prévoyait d’ailleurs un accès facilité des Atsem et AESH aux métiers de l’animation et une proposition de loi en ce sens déposée en 2025 est en attente de première lecture au Sénat. 

Ces orientations soulignent le besoin d’éducateurs polyvalents pouvant exercer différentes fonctions dans un contexte scolaire ou périscolaire. VersLeHaut a déjà proposé par le passé la création d’un corps d’éducateurs qui pourrait permettre de garantir la présence de professionnels qualifiés dans les établissements scolaires et créer des passerelles entre animation, petite enfance et pédagogie.  

En tout état de cause, un pas supplémentaire semble nécessaire pour revitaliser la vocation éducative et ainsi améliorer significativement la qualité d’accueil sur l’ensemble des temps éducatifs à l’école.

Stephan Lipiansky, directeur des études