Quand une famille découvre que son enfant a subi des violences dans le périscolaire, à qui s’adresse-t-elle ? L’école renvoie vers la mairie, la mairie vers la police, la police vers l’inspection académique. Depuis novembre 2021, SOS Périscolaire est là pour répondre à cette question que personne ne voulait prendre en charge.

Repères 
¤ 89% des enfants scolarisés dans une école maternelle ou élémentaire fréquentent l’accueil périscolaire régulièrement sur un temps – matin, midi, soir (Cnaf, 2025).
¤ Le salaire des animateurs est environ 30% inférieur à celui de l’ensemble des salariés tout secteur confondu, soit 1906 € contre 2725 € (INJEP, 2025).
¤ Depuis 2021, 448 signalements de violences au périscolaire ont été déposés sur le site de SOS périscolaire.

Tout part d’un constat assez simple et pourtant très alarmant : lorsqu’une famille est confrontée à un incident grave dans une structure périscolaire, elle ne sait pas à qui s’adresser. « Ni l’école, ni la mairie, ni les services de l’État n’assurent ce rôle d’orientation et d’accompagnement » explique d’emblée Elisabeth Guthmann, co-fondatrice du collectif. C’est pour combler ce vide que SOS Périscolaire a vu le jour en 2021.

Le collectif adopte une posture de conseil, recense et cartographie les témoignages de violences subies par les enfants dans les structures d’accueil périscolaire (centres de loisirs, garderies, cantines) en France métropolitaine et dans les DROM (départements et régions d’outre-mer).

Une réponse sensible pour des familles démunies

En 2021, un groupe de parents réalise que des problèmes similaires émergent partout en France dans les structures périscolaires et que personne n’agrège ces signaux. Des familles confrontées à des faits graves (violences physiques ou psychologiques, maltraitances, agressions sexuelles) ne savent pas à qui s’adresser, comment formuler leurs signalements, ni quels sont leurs droits. Certaines tentent de porter plainte et se heurtent à l’incompréhension, voire à la dissuasion. D’autres cherchent à alerter la mairie ou l’école sans obtenir de réponse. Toutes vivent la même expérience : un sentiment profond de solitude et de manque d’écoute.

Car le périscolaire occupe une place paradoxale dans le paysage éducatif français. Les enfants y passent un temps considérable dans un cadre qui ressemble à l’école, à l’intérieur des mêmes murs, dans le prolongement immédiat de la journée scolaire. Dès qu’un problème survient, la responsabilité se dilue : ce n’est pas l’Éducation nationale, ce n’est pas la protection maternelle et infantile (PMI) qui doivent prendre le relai mais bien la municipalité qui en légalement la charge[1].

C’est dans ce vide qu’un noyau dur de parents bénévoles aux profils divers s’est organisé. L’idée du collectif est de venir en aide à ces familles qui sont souvent démunies pour réagir lorsque leur enfant est victime de violences. Les bénévoles sont aidés par des professionnels de tous secteurs (experts en politiques publiques, professionnels de la petite enfance…). Le collectif collabore également avec une avocate bénévole qui accompagne les familles dans leurs démarches juridiques.

Le collectif apporte une aide à ces familles mais Elisabeth et Anne, les deux co-fondatrices, réaffirment que le collectif n’a pas vocation à se substituer aux institutions : il cherche à combler un angle mort dans la protection des enfants, le temps que les pouvoirs publics s’en saisissent.

« On tient à bout de bras un système qui ne fonctionne pas. Nous sommes le seul lien avec les familles. Aucun service d’État ne fait ça. »

Elisabeth Guthmann, co-fondatrice de SOS Périscolaire

Des outils concrets pour des familles désorientées

Pour pouvoir répondre à ces manquements, SOS périscolaire a mis en place plusieurs outils pour, d’une part, alerter les pouvoirs publics sur le sujet et, d’autre part, venir en aide aux familles.

Le principal outil qui est mis en avant par le collectif est une carte interactive qui permet de recenser et de cartographier à Paris mais aussi en France métropolitaine et dans les DROM les signalements de situations de violences, de dysfonctionnements ou de maltraitances institutionnelles en milieu périscolaire. Ainsi, sur cette carte chaque point représente un témoignage réel, vérifié et anonymisé. Cette carte est aussi un moyen pour les familles de contacter le collectif pour obtenir des conseils sur leur situation.

Carte des violences dans le périscolaire en France.
Carte des violences dans le périscolaire en France, capture d’écran prise le 30/04/2026

De plus, face à la complexité administrative, SOS Périscolaire a développé des ressources pratiques à destination des familles. Des fiches de signalement territorialisées pour Paris et hors Paris expliquent pas à pas qui prévenir, dans quel ordre, et sous quelle forme. La co-fondatrice précise par exemple que dans ces affaires l’écrit est essentiel.

Le collectif a aussi développé pour les familles des fiches thématiques qui portent également sur les situations de violences graves. Dans ces fiches on retrouve par exemple des conseils sur comment parler à son enfant sans orienter ses réponses. L’idée de l’ensemble de ces fiches thématiques est qu’il faut toujours permettre aux familles de garder un dialogue ouvert. La co-fondatrice souligne par ailleurs qu’il faut trouver un juste milieu entre lever le voile sur le sujet avec les enfants et mener des interrogatoires qui seraient orientés et qui fausserai le témoignage.

Le collectif déplore par ailleurs la méconnaissance de certains dispositifs existants, comme la “salle Mélanie”. Ce dispositif est un recueil de la parole à travers une procédure spécifique qui permet d’enregistrer le témoignage du mineur dans un cadre sécurisant et adapté, afin d’éviter la répétition des récits traumatisants. Pourtant, l’accès à ce dispositif est parfois entravé par une tendance à la dissuasion de la part de certains services de gendarmerie. En invoquant une “insuffisance de preuves” ou en tentant de requalifier les faits en simple main courante, ces agents découragent des familles pourtant légitimes dans leur démarche. Sur ces sujets, SOS Périscolaire travaille à des fiches pédagogiques s’appuyant sur la loi et qui expliquent le degré de gravité des faits, les motifs de plainte recevables, et les étapes concrètes à suivre.

Enfin, SOS périscolaire a entamé un travail en étroite collaboration avec les institutions publiques dans le but que des solutions soient trouvées et mises en place pour sécuriser le périscolaire, travailler les process de signalements et la prise en charges des familles. Ils ont par exemple travaillé avec la mairie de Paris pour coconstruire un livret qui aide les adultes à détecter les signaux faibles de violences sur les enfants, et font remonter en direct les problématiques parisiennes qui leur sont signalées par les familles. Les co-fondatrices ont par ailleurs été reçues par le ministre de l’Éducation nationale, à l’Élysée et à Matignon, ainsi que par la Déléguée à la protection des enfants à l’école.

Du signalement aux revendications : changer le système

SOS Périscolaire ne veut pas être qu’un filet de sécurité. Son ambition est de transformer structurellement un système défaillant. Là où les courriers aux élus restaient sans réponse, la presse a répondu présente aux alertes du collectif. La mobilisation des médias aux côtés de l’association a permis aux membres du collectif de rencontrer et de pouvoir discuter avec les plus hautes sphères publiques.

Ces actions médiatiques permettent à SOS périscolaire de mettre en avant leurs revendications. Le collectif s’attache à dénoncer les causes structurelles des dysfonctionnements qu’il documente en plus de fournir un accompagnement aux familles touchées. Et parmi les revendications défendues, une revient systématiquement : la fragilité de la formation des professionnels qui encadrent les enfants.

Aujourd’hui, le BAFA reste la qualification de référence pour animer un accueil de loisirs. Ce diplôme non professionnel, pensé à l’origine pour des animateurs occasionnels, est devenu la norme d’un secteur qui emploie des dizaines de milliers de personnes au contact quotidien des enfants. SOS Périscolaire y voit une anomalie majeure et milite pour une montée en compétence structurelle de la filière via des diplômes d’État reconnus – le BPJEPS[2] en premier lieu – qui impliquent une formation longue, des stages encadrés, et des compétences validées sur la protection de l’enfance.

Il plaide également pour que la formation continue ne soit pas laissée à la discrétion des communes, mais rendue obligatoire et financée nationalement. Cette revendication rejoint celle portée par certains syndicats du secteur, comme la CFDT[3] Animation, avec lesquels le collectif travaille : la reprofessionnalisation ne peut pas se faire sans une revalorisation des conditions de travail et des rémunérations qui permettent d’attirer et de fidéliser des professionnels qualifiés.

Tant que le métier restera peu attractif, les structures seront contraintes de recruter avec peu d’exigences.

Car derrière la pénurie d’animateurs formés se cache une réalité économique : le périscolaire est l’un des secteurs les plus précaires de l’éducation, avec une majorité de contrats à temps partiel et des salaires bas. Tant que le métier restera peu attractif, les structures seront contraintes de recruter avec peu d’exigences. La formation et la condition de travail sont les deux faces d’un même problème.

Dès lors, SOS périscolaire apparait comme la preuve que des citoyens organisés peuvent faire ce que l’état aurait dû faire : écouter les familles, documenter les failles, et construire patiemment les outils qui manquaient. En quatre ans, ce collectif de bénévoles a accompagné des centaines de familles, cartographié un phénomène invisibilisé, et pesé sur des décisions publiques majeures.

Adélaïde Boutin-Chalony, chargée d’études


[1] Selon l’article L212-4 du Code de l’éducation, l’organisation des activités périscolaires relève de la compétence de la commune. En cas de dommage, c’est la responsabilité de la municipalité qui est engagée sur le fondement d’un défaut de surveillance ou d’organisation du service public (Conseil d’État, 25 juillet 1939, Ville de Gien).

[2] Brevet Professionnel de la Jeunesse, de l’Éducation Populaire et du Sport

[3] Confédération française démocratique du travail