Face aux défis croissants liés aux inégalités touchant les enfants, une initiative internationale portée notamment par UNICEF et son label “Ville amie des enfants” encouragent les collectivités à repenser leur action à l’échelle locale. En s’appuyant sur des engagements concrets et une approche adaptée aux territoires, elle vise à faire de la ville un espace plus inclusif, participatif et attentif aux besoins des plus jeunes.

Repères
¤ Un tiers des jeunes considèrent que les élus locaux comprennent mal leurs besoins. (Baromètre VersLeHaut/OpinionWay, 2026).
¤ 1 enfant sur 4 estime que les décideurs politiques tiennent compte de l’avis des enfants et des adolescents dans les décisions politiques (UNICEF France, 2024)
¤ 35 à 40% seulement des enfants se rendent aujourd’hui à l’école à pied ou à vélo contre 60% il y a 30 ans (ADEME, 2025).

Depuis 2002, le label « Ville amie des enfants », porté par UNICEF France et l’Association des Maires de France (AMF), permet de faire un pas vers de nouveaux contours des politiques éducatives territoriales. Plus qu’un simple label, c’est un processus exigeant qui place la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (CIDE) au cœur de la gestion locale.  

Mobiliser les territoires pour l’enfance

L’initiative est née d’un constat alarmant mis en lumière par l’UNICEF au début des années 2000 : d’ici 2025, 60% des enfants du monde (1 milliard) vivront dans la pauvreté.1 

D’un point de vue international, l’initiative est lancée par l’UNICEF et UN-Habitat afin d’acter la résolution Habitat II prise pendant la deuxième Conférence des Nations Unies sur les établissements humains en 1996 à Istanbul. Cette conférence a permis l’adoption d’un programme pour l’habitat et la Déclaration d’Istanbul, par lesquels les pays membres s’engageaient à atteindre les objectifs d’un logement convenable pour tous et d’établissements humains durables. Dans la lignée de cette résolution de l’ONU, UNICEF France et l’AMF ont décidé, de créer le label « Ville amie des enfants ».  En France, 12 villes ont été pionnières en la matière comme, Bordeaux (33), Charleville-Mézières (08), Colmar (68), l’Haÿ-les-Roses (94), Mulhouse (68), Nancy (54), Nantes (44), Nevers (58), Paris (75), Toulouse (31), Saint-Germain-en-Laye (78) et Versailles (78).  

Le label n’est pas contraignant mais son obtention nécessite de répondre à des critères sélectifs. 

Sans obligation juridique stricte, ce label encourage les collectivités territoriales à intégrer les droits de l’enfant dans leurs politiques publiques locales (bien-être, non-discrimination, éducation, participation et sensibilisation aux droits) et à élaborer un plan d’action municipal en ce sens. 

Malgré le caractère non contraignant de ce label, son obtention nécessite de répondre à des critères rigoureux et sélectifs. Entre 2020 et 2022, plus de 400 collectivités ont demandé à obtenir le titre, une centaine ne l’a pas eu. Les villes doivent fournir un dossier avec, d’un côté, un état des lieux de l’ensemble de leurs politiques jeunesse. De l’autre, elles doivent aussi montrer ce qu’elles comptent mettre en place ; elles doivent donc anticiper un plan d’action local clair. Elles construisent alors un projet permettant de répondre au mieux aux spécificités locales. Elles doivent aller dans le sens des 5 engagements majeurs que s’est fixé l’UNICEF :  

  • Le bien-être de chaque enfant et jeune ; 
  • La lutte contre l’exclusion, la pauvreté et les discriminations ; 
  • Un parcours éducatif de qualité pour tous ; 
  • La participation et l’engagement des enfants et des jeunes (les écouter et les impliquer) ; 
  • Le partenariat avec l’UNICEF pour sensibiliser aux droits de l’enfant. 

Il est donc primordial que les villes adaptent leurs actions et leurs pédagogies aux réalités locales. La ville de Haÿ-les-roses s’est par exemple engagée à mettre en place des consultations et vaccinations gratuites pour les enfants.

Un laboratoire d’expertise partagé 

Dans les territoires qui s’engagent, cette démarche peut être transformative. Là où les politiques publiques sont souvent critiquées pour leur aspect « top-down », ici, l’idée est surtout d’insérer l’enfant dans la décision publique. Certaines villes s’impliquent directement dans des processus de consultation pour des projets urbains ou éducatifs, d’autres créent des espaces de participation citoyenne directe des jeunes. En écoutant ceux qui vivent l’espace public différemment, les élus prennent des décisions qui bénéficient finalement à tous (accessibilité, sécurité, environnement).  

D’autres municipalités vont même au-delà et donnent aux jeunes des budgets participatifs, leur permettant ainsi d’être de véritables décisionnaires. L’exemple de Lyon est très parlant : la ville a mis en place dès 2020, des budgets dédiés aux conseils d’enfants et d’adolescents. Tristan Debray, conseiller municipal délégué à la Ville des Enfants entre 2020 et 2026, explique que « les enfants ont leur propre budget, ils mènent leurs projets, leurs actions. Ils ont réalisé une quarantaine de projets au total depuis 2020. Il y a eu plus de 500 enfants élus. C’est quelque chose de très concret. »  

Les décisions politiques sont guidées par le principe fondamental de l’intérêt supérieur de l’enfant. 

L’initiative agit ainsi comme un levier incitatif de coordination qui se retrouve entre différentes sphères. Qu’il s’agisse de l’urbanisme, de la voirie, de l’éducation, de la petite enfance ou de l’action sociale, ces directions ne doivent plus agir chacune de leur côté mais de concert. Les décisions publiques sont ainsi guidées par un principe fondamental de la Convention internationale des droits de l’enfant : l’intérêt supérieur de l’enfant. Il est par exemple mis en place à Lyon une collaboration entre les services de voirie et d’éducation. Avec le projet « rue des enfants », un aménagement des abords des écoles est prévu avec un élargissement des trottoirs, la piétonnisation de certains endroits ou encore la plantation d’arbres dans le but de protéger les enfants et leur offrir un cadre de vie plus convivial. Ces aménagements ont été réalisés devant plus de 150 établissements.  

Si l’impact est d’abord local, le label « Ville amie des enfants» projette également la collectivité sur la scène internationale au travers d’une dynamique impulsée par l’UNICEF et UN-Habitat qui favorise la mise en réseau et un partage des savoir-faire aux échelles nationale et internationale. Qu’il s’agisse de rencontres nationales tous les deux ans ou de sommets internationaux comme celui de Cologne en 2019, ces moments d’échanges permettent aux villes membres de mutualiser leurs expériences et d’enrichir leurs politiques publiques locales au contact de modèles étrangers.

C’est un modèle où la collectivité devient un pont entre l’intime (la famille), le local (l’école, le quartier) et l’universel (les droits de l’enfant). 

Le pari gagnant de la proximité 

La force de cette coopération réside dans la capacité des maires à traduire des concepts onusiens – les Objectifs de Développement Durable ou la CIDE*- en actions de terrain. En s’engageant pour que 100% des enfants de leur commune mangent à leur faim ou accèdent à une éducation de qualité, les élus français participent directement à l’effort de coopération internationale.  

Les résultats obtenus en France sont tout à fait satisfaisants notamment en matière de lutte contre la pauvreté, dans les secteurs de la petite enfance, de l’égalité filles/garçons et dans la protection contre les violences. Quelques chiffres montrent cette évolution : 74% des villes labellisées appliquent une tarification dégressive, basée sur le quotient familial, pour l’ensemble des services publics municipaux (restauration scolaire, accueils de loisirs, activités culturelles), et 26% d’entre elles ont instauré la gratuité totale pour les familles les plus précaires. 

Concernant la lutte contre les inégalités filles/garçons, 63% des villes labellisées ont adopté des politiques publiques en ce sens. Plus concrètement, l’UNICEF France préconise d’agir sur les phénomènes entrainant une autolimitation des jeunes filles au sein de l’espace public. Cela se traduit par une adaptation des politiques d’aménagement du territoire visant à lever les freins symboliques et physiques qui limitent leur mobilité. L’objectif est de repenser la ville pour qu’elle devienne un lieu d’expression et de liberté, permettant aux filles de s’approprier l’espace urbain de manière égale. À Avignon, le projet « une cour pour toi et moi » entre parfaitement dans cette idée : après une concertation entre enfants, enseignants et avec l’appui du cabinet d’étude AROBe, une nouvelle cour d’école a été aménagée où chacun peut avoir son espace (zone sportive, de repos, active…).  

En somme, le label « Ville amie des enfants » dépasse le simple label à titre honorifique pour s’affirmer comme un véritable outil de réinvention des politiques publiques. En plaçant l’intérêt supérieur de l’enfant au sommet des priorités municipales, il force les services à collaborer et transforme les communes en espace d’innovation. Ce réseau montre que l’on peut agir concrètement dès aujourd’hui. En s’appuyant sur l’échange de bonnes pratiques, les communes transforment la ville pour offrir à chaque enfant un cadre de vie plus juste, sûr et accessible à tous.