Alors que les indicateurs des lycées sont dévoilés ce vendredi, la question du niveau des lycéens français divise. Si certains indicateurs pointent un recul, d’autres invitent à relativiser et à mieux comprendre les disparités qui traversent le système éducatif.


« Les lycéens ne savent plus écrire sans fautes », « ils sont nuls en maths »… Ces idées reçues circulent largement et nourrissent l’impression d’une chute généralisée du niveau scolaire en France. Pourtant, la réalité est plus nuancée. Certes, la dernière étude internationale Pisa – qui évalue tous les trois ans les compétences des élèves de 15 ans – a pointé les fragilités des jeunes français à l’entrée au lycée. Entre 2018 et 2022, les résultats ont nettement reculé : -21 points en mathématiques et -19 points en compréhension de l’écrit. « Une chute qui s’explique notamment par la crise Covid : école à distance, perte d’heures de cours, absences d’enseignants et d’élèves… Mais aussi par la diminution de l’implication parentale dans la scolarité de leurs enfants, la crise de recrutement… », explique Eric Charbonnier, analyste de l’OCDE. Autre signal d’alerte : la proportion de très bons élèves en mathématiques a diminué, tombant à 7 % en 2022.

Pour autant, ces résultats sont à relativiser, car la France se situe dans la moyenne des pays de l’OCDE et la majorité d’entre eux ont également connu une baisse entre 2018 et 2022. Fait notable : la chute de niveau ne concerne pas uniformément les lycéens français. Le niveau scolaire reste fortement corrélé à l’origine sociale : en mathématiques, l’écart entre les élèves favorisés et défavorisés atteint encore 113 points. Par ailleurs, Pisa ne mesure qu’une partie des compétences des lycéens. « La créativité, la capacité à débattre et à travailler en collaboration, l’esprit critique, les compétences numériques ne sont pas prises en compte. Or, ce sont aujourd’hui des compétences essentielles notamment à l’ère de l’intelligence artificielle », souligne Marie-Caroline Missir déléguée générale du think tank Vers Le Haut, dédié à l’éducation.

Les lycéens face au test de l’enseignement supérieur

Difficile d’évaluer précisément le niveau des élèves quand ils quittent le lycée, car le taux de réussite au bac a peu évolué en 10 ans (91,9 % en 2025 contre 87,9 % en 2015). Signe positif : le nombre de décrocheurs au lycée est passé de 150 000 dans les années 2000 à à peu près 90 000 par an. Un autre indicateur peut être intéressant à scruter : le taux de réussite dans l’enseignement supérieur. Selon une étude du Sies, 40,3 % des bacheliers 2020 ont obtenu leur licence en trois ou quatre ans, soit une baisse de 5,4 points par rapport à la cohorte précédente. Une chute observée pour la deuxième année consécutive, après trois ans de hausse.

Faut-il en conclure qu’une majorité des lycéens n’avaient pas le niveau requis pour réussir dans le supérieur ? Là encore, la prudence s’impose. Les résultats varient fortement selon les filières : les étudiants en droit et en sciences politiques, par exemple, réussissent mieux que la moyenne, avec 43,3 % de diplômés en trois ou quatre ans. Par ailleurs, la réussite étudiante diffère aussi beaucoup selon l’origine du bac (46,1 % pour les titulaires d’un bac général contre 6,5 % pour ceux de bac professionnel et 14 % pour les bacheliers technos). « Ces chiffres ne reflètent pas uniquement le niveau des étudiants. Ils s’expliquent aussi par des difficultés d’orientation », estime Eric Charbonnier. Il rappelle aussi qu’en France, « 95 % des candidats obtiennent au moins un vœu sur Parcoursup alors que dans certains pays, seulement un tiers des jeunes accèdent à l’enseignement supérieur ». Et qui dit sélection plus forte, dit généralement réussite plus élevée.

Par ailleurs, tous les indicateurs ne sont pas négatifs. Selon l’étude du Sies, 49,1 % des néo-bacheliers de 2024 sont passés en deuxième année de licence (+1,3 point par rapport 2023) : « C’est un progrès assez notable, qui suggère que la réforme du lycée, en instaurant des spécialités, a permis aux lycéens de s’orienter vers des domaines de leur choix où ils réussissent mieux. Et donc de réduire les taux d’abandon ou d’échecs en première année de licence », estime Marie-Caroline Missir. Les prochains résultats de l’étude Pisa, attendus en septembre, apporteront un nouvel éclairage sur cette question sensible du niveau des lycéens.

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