Et si le sport devenait un lieu de conquête de l’égalité filles/garçons ? L’association Graines de Footballeuses transforme la pelouse en un véritable espace d’apprentissage de la citoyenneté. La pratique sportive – ici du football – devient un levier puissant pour briser les stéréotypes et permettre à chaque jeune fille de se sentir légitime aussi bien sur le terrain qu’en dehors.

Repères
¤ 33 % des filles âgées de 6 à 17 ans atteignent les recommandations d’activité physique, contre 51 % des garçons (UNESCO, 2024).
¤ En EPS, les moyennes des filles sont systématiquement inférieures à celles des garçons, avec un écart variant généralement de 1 à 3 points selon les académies et les sessions (EnovEPS, 2021).
¤ 92 % du public mondial estime qu’il est important que les filles pratiquent du sport (ONU Femmes France, 2025).

« I know that there’s a place for us, for we are glorious», ce sont ces paroles du film The Greatest Showman qu’Adame, jeune femme engagée dans l’association Graines de Footballeuses, cite spontanément quand on lui demande ce qu’est pour elle une chanson « girl power ». À travers ces mots, elle dit tout : le droit d’occuper l’espace, d’être visible, de se sentir légitime. L’écho est immédiat avec le combat mené par l’association : combien de filles ont entendu, d’une manière ou d’une autre, qu’un terrain de foot n’était pas fait pour elles ?

Une association, une conviction : le terrain comme levier d’émancipation

Le foot n’est pas qu’une question de goût ou de talent, c’est une question de regards, de stéréotypes intériorisés, d’espaces qui s’ouvrent moins pour les filles. C’est dans cette optique que Graines de footballeuses a vu le jour. Fondée en 2020 par Pauline Le Mouellic, joueuse et coach de football, l’association est née d’une expérience personnelle.

Au fil de son parcours sportif, Pauline a été confrontée à des remarques sexistes si répétées et si pesantes qu’elle a envisagé d’abandonner le football. Si elle a finalement choisi de continuer, elle sait combien d’autres ont décroché en silence, non par manque de talent ou de passion, mais parce que personne ne leur avait dit assez fort qu’elles avaient leur place.

L’idée de Graines de Footballeuses est simple : utiliser le football comme levier d’émancipation pour les jeunes filles. Il ne s’agit pas uniquement de former des joueuses mais de construire des femmes libres, confiantes et citoyennes. Son ambition est claire : favoriser l’émancipation, l’inclusion, l’éducation et l’insertion des jeunes filles dans toutes les sphères de la société, en s’appuyant notamment sur la pratique du football. Pour cela, l’association intervient auprès des jeunes filles dès l’enfance – à partir de 3 ans et jusque 18 ans – à Paris et ses alentours, à travers un ensemble d’actions entièrement gratuites. Son action ne se résume pas à former des joueuses de football mais bien de les accompagner à se sentir légitimes partout où elles voudront aller.

Des actions très concrètes sur le terrain

Les études sur la jeunesse montrent un écart significatif de confiance en soi entre filles et garçons à l’adolescence, avec des conséquences directes sur la prise de parole, l’orientation scolaire et l’engagement. Effectivement, les jeunes hommes et les jeunes femmes n’affichent pas le même niveau de confiance en eux. Selon le baromètre Jeunesse&Confiance 2023 publié par VersLeHaut, 83 % des jeunes hommes affirment avoir confiance en eux contre 65 % pour les jeunes femmes. Elles affirment que cela leur permettrait de se voir accorder une confiance en leurs compétences qu’elles peinent encore à s’accorder à elles-mêmes. Ainsi, en travaillant sur le terrain du sport, l’association fait un premier pas vers la reconnaissance et la mise en valeur de ces capacités.

83 % des jeunes hommes affirment avoir confiance en eux contre seulement 65 % pour les jeunes femmes.

Pour pouvoir avancer et surmonter les obstacles existants dans l’accès au football, et au sport en général pour les filles, les actions de Graines de Footballeuses s’articulent autour de trois grands piliers, pensés pour accompagner les filles dans la durée :

Le premier pilier qui est le baby-foot (football pour les tout-petits) permet, dès 3 ans, de découvrir le sport dans un cadre bienveillant, ludique et adapté à leur développement. L’objectif est de familiariser très tôt les filles avec le ballon et le terrain, pour que le football ne soit jamais perçu comme “un sport de garçons”.

Le deuxième pilier se retrouve dans les interventions en milieu scolaire, en club, dans des entreprises ou dans d’autres organisations qui permettent de toucher un public plus large et de sensibiliser aux enjeux d’égalité filles-garçons, de lutte contre les stéréotypes et de place des filles dans le sport.

Le troisième pilier est l’aspect le plus important du travail de l’association, se sont les stages et séjours de vacances qui offrent une expérience immersive de plusieurs jours : vie en communauté, entraînements, matchs. Mais ces séjours ne se réduisent pas au sport, des ateliers collectifs sont organisés autour de thèmes différents comme sur la question des discriminations pour réfléchir et échanger sur les inégalités dans le sport ou les risques liés au numérique en partenariat avec orange. Cela est conçu aussi pour permettre aux jeunes générations d’être sensibilisées sur les enjeux de société. Les activités proposées, notamment dans le cadre des stages, sont marquantes pour les filles. Il arrive que les joueuses rendent visite à des résidents en EHPAD par exemple. Cette rencontre, que Biré, jeune fille membre de l’association depuis quatre ans, qualifie d’inattendue, elle la cite aussi comme son meilleur souvenir.

Graines de Footballeuses complète aussi les activités proposées sur les terrains de football par des temps d’échanges. Les filles peuvent trouver des oreilles attentives chez les animatrices pour des discussions sur ce qu’elles vivent dans leur pratique sportive, sur leurs rêves, leurs difficultés à trouver leur place… Autant d’occasions de travailler l’estime de soi et la prise de parole. Par ailleurs, l’association veille à rendre ses activités financièrement accessibles, afin de ne pas ajouter une barrière économique aux obstacles déjà rencontrés par les filles.

L’ensemble des activités organisées s’inscrit donc comme un continuum éducatif qui traverse toutes les sphères de la vie sociale.

Semer des graines pour transformer la société

Le vrai bilan de Graines de Footballeuses ne se lit pas dans un classement sportif. Il s’entend dans la voix des jeunes filles qui ont évolué et appris à prendre confiance en elles et en leur avenir grâce à l’accompagnement de l’association. Adame témoignait de sa volonté de se voir devenir coach plus tard ; aujourd’hui, elle encadre les plus petites au travers du programme Ambassadrice. Izia, elle, explique avoir appris l’importance de l’égalité entre filles et garçons, et gagné en confiance en elle.

Les exemples de ces jeunes filles ne sont pas des cas isolés. L’association propose des actions qui permettent aux jeunes filles de s’épanouir. Ainsi, progresser techniquement, oser entrer dans un duel, prendre un rôle de capitaine sont autant de micro-victoires qui nourrissent un sentiment de capacité chez les jeunes.

Graines de Footballeuses ne se contente donc pas d’ouvrir des créneaux de pratique sportive : elle contribue à faire émerger une génération de jeunes filles qui se sentent autorisées à prendre leur place, à s’exprimer et à s’engager sur et pour leur territoire. Elle incarne cette conviction forte que nous sommes tous éducateurs quand nous créons des espaces où les jeunes peuvent grandir.

En soutenant ce type d’initiative, les collectivités, les clubs de sport, les établissements scolaires, les entreprises et les citoyens participent à un même mouvement : faire du sport un levier d’égalité, de confiance et d’engagement.

Et si, pour construire une société plus juste et inclusive, nous commencions par offrir à chaque enfant les mêmes chances pour trouver sa place sur la pelouse, dans la rue comme dans la société ?

Adélaïde Boutin-Chalony