Pourquoi l’orientation constitue-t-elle en France un enjeu plus crucial que dans d’autres pays ? Et comment les transformations profondes de nos sociétés contemporaines reconfigurent-elles ses modalités et ses effets ? Tels sont les enjeux  de l’étude exclusive réalisée par la politiste Anne Muxel (Cevipof-sciences Po) et que publie VersLeHaut en partenariat avec Edumapper ce mardi 17 février 2026. Cette étude met à jour les dimensions problématiques les plus saillantes de l’orientation scolaire et professionnelle en France, en se focalisant sur les interrogations suivantes : Qu’est-ce qui fait de l’orientation une question plus cruciale en France que dans d’autres pays ? Quel est l’impact des effets plus globaux des mutations et des bouleversements propres à nos sociétés contemporaines sur l’orientation ?

L’enjeu de l’orientation scolaire et professionnelle déborde le seul champ éducatif, car il renvoie à un impératif parmi les plus cruciaux des temps actuels, l’accès à l’autonomie des jeunes générations dans une société française touchée à la fois par de nouveaux paramètres d’accès au marché de l’emploi et par une vulnérabilité économique et professionnelle plus problématique.

L’orientation est un pivot entre le monde de la formation et le monde du travail. Et de fait elle est un passage obligé. L’allongement du temps de la jeunesse et de la formation, courant désormais sur une quinzaine d’années, a entraîné une déconnexion des seuils d’entrée dans la vie adulte. Les parcours d’insertion sociale et professionnelle suivent de fait des trajets plus complexes, voire incertains, dont la linéarité devient l’exception. Dans ce contexte, l’orientation interroge tant les conditions objectives que les ressentis subjectifs de l’éventail des possibles qui s’offrent aux jeunes. Elle dépend d’un ensemble de dispositions sociales mais aussi de paramètres personnels où prend forme chaque projet individuel. Mais elle butte aussi souvent sur la pierre d’achoppement des inégalités scolaires que le modèle du système éducatif français n’arrive plus à contenir. 

Dans les enquêtes internationales qui sont menés régulièrement pour évaluer les performances des différents systèmes éducatifs (PISA, PIRLS), ainsi que dans les évaluations quantitatives et qualitatives fournies par le ministère de l’Éducation nationale ou dans d’autres rapports publics, le système scolaire français fait plutôt figure de mauvais élève. Cela non seulementquant aux capacités cognitives et disciplinaires des élèves mais aussi quant à l’égalité des chances qu’il peut assurer aux élèves. Selon la dernière enquête PISA, la France est l’un des pays de l’OCDE où la variation de l’indice de statut socio-économique et culturel (SESC), permettant de comparer les résultats des élèves en fonction de leur milieu social, est le plus bas. Par exemple, seule la moitié des élèves de seconde professionnelle a une maîtrise satisfaisante en compréhension de l’écrit. Dans ce contexte, la question de l’orientation est jugée particulièrement sensible par l’ensemble des protagonistes – élèves, familles et enseignants – pouvant jouer un rôle clé dans la destinée des jeunes et s’imposant comme un enjeu majeur dans les politiques éducatives menées par les gouvernements successifs. 

Des efforts indéniables sont réalisés pour améliorer l’orientation des jeunes (plateforme Parcoursup, réforme du lycée, enrichissement de l’offre de formations, formation des enseignants, mise en place actuelle de la plateforme Avenirs…). Mais, dans un monde professionnel en mutations rapides, la transition entre le monde de la formation et le monde de l’emploi reste problématique pour la jeunesse française, même parmi les plus diplômés. Par ailleurs les dispositifs déployés comblent difficilement le sentiment des élèves demanquer d’informations et de visibilité sur les différentes voies s’offrant à eux tout au long de leur scolarité. Enfin, ces dispositifs n’arrivent pas à enrayer une frustration souvent ressentiepar les élèves, liée à l’insuffisante prise en compte non seulement de leurs compétences etaspirations, mais aussi de critères plus qualitatifs liés à leur parcours ou à leur personnalité. 

Toutes ces insuffisances entretiennent un grand malentendu autour des enjeux propres de l’orientation qui joue parfois à contre-emploi. Alors que celle-ci devrait remplir la fonction d’une boussole permettant aux jeunes et à leurs familles de trouver les repères nécessaires pour être guidés sur le chemin de l’entrée dans la vie sociale adulte, elle contribue trop souvent à la situation inverse. Plutôt qu’être un recours positif et rassurant, elle désoriente et peut déboussoler. Cette dysfonction est à la racine de la perception majoritairement négative de son efficacité et sinon du rejet, en tout cas d’une relative indifférence quant aux dispositifset mesures déployés.

Une étude d’ampleur, menée sur la base d’une enquête rétrospective auprès des étudiants ayant quitté le système secondaire pour entrer dans l’enseignement supérieur a été conduite en 2025. Réalisée à partir d’un double dispositif quantitatif et qualitatif, cette enquête a permis de recueillir leurs opinions sur le rôle joué par l’orientation dans leurs parcours et sur leurs attentes pour améliorer le système afin de mieux préparer leur passage dans l’enseignement supérieur et la vie professionnelle. L’étude a pu restituer une évaluation au plus près de leurs besoins et de leurs ressentis. 

Cette enquête inédite est scientifiquement solide et méthodologiquement rigoureuse. Elle s’appuie sur un large échantillon représentatif des jeunes entrants dans l’enseignement supérieur, partant des besoins très concrets auxquels ils sont confrontés, permettant ainsi d’établir un diagnostic précis et argumenté. Les données collectées confirment en bien des points les aspects les plus problématiques du système d’orientation qui prévaut en France.

Loin d’épuiser le sujet, ces interrogations permettent de suivre un axe de réflexion pouvant ouvrir sur des débouchés concrets en matière de politiques publiques dans le champ éducatif.

👉 Le 17 février à 18h, VersLeHaut, en partenariat avec Edumapper, organise un webinaire pour croiser les regards de chercheurs, responsables publics et acteurs de terrain, à partir d’une recherche inédite d’Anne Muxel sur l’hashtag#orientation et PARCOURSUP.

🎙️ En présence de :
Anne Muxel, directrice de recherche émérite en sociologie et en science politique au CNRS (CEVIPOF / Sciences Po);
Jerome Teillard, chef de projet de la réforme de l’accès à l’enseignement supérieur au ministère de l’Enseignement supérieur;
François Germinet, ancien président de CY Université et ancien conseiller du ministre de l’Enseignement supérieur;
Sébastien de Lafond, cofondateur et président d’Edumapper;
Sébastien Gurung, délégué général du Collectif Orientation;
et animé par Marie-Caroline Missir, déléguée générale de VersLeHaut.

🔴 Inscription au webinaire ici 👉 https://lnkd.in/eBB2ctTd