Article rédigé par Emmanuel Fontaine dans le cadre de la sortie de l’étude “Éducation : faisons le pari de la proximité” le 20 avril 2026.

Le think tank VersLeHaut appelle à “renforcer le pilotage éducatif local” notamment pour faire face aux défis climatique et démographique qui impacteront les collectivités dans un futur proche, selon un rapport publié le 20 avril 2026. Parmi ses préconisations, il propose de “rendre obligatoire” et pluriannuel le projet éducatif territorial, mais aussi de former conjointement tous les personnels de l’éducation. Autre proposition : créer “un préfet délégué aux affaires éducatives chargé de coordonner l’action éducative locale et de fluidifier la collaboration” entre acteurs.

“Les besoins éducatifs appellent des réponses plus locales, fondées sur l’école mais capables de se déployer de manière différenciée au‑delà de ses murs”, estime le think tank VersLeHaut dans un rapport rendu public lundi 20 avril 2026.Le document, qui a demandé un an de travail, fait l’objet d’une restitution au Sénat suivie d’une table ronde en présence de Daniel Auverlot ( CEE ), Rozenn Merrien ( Andev ) ou encore Jean‑Paul Carteret ( AMRF ). Un mois après le deuxième tour des élections municipales, il porte pour ambition de “renforcer le pilotage éducatif local”, d’autant que les élus des collectivités territoriales “ont un pouvoir de réflexion et d’action concrètes”, appuie sa déléguée générale Marie‑Caroline Missir, rencontrée par AEF info le 16 avril 2026.

Pour le think tank, il s’agit d’analyser les dynamiques ‑ comme celle de la Maison familiale rurale (MFR) à Campagne‑les‑Boulonnais (62), ou de l’association Face Sud Provence (13) ‑ qui ont lieu dans des espaces qui se situent en “proximité”, mais sans se restreindre pour autant à l’école ou l’établissement.

Cette contribution s’inscrit par ailleurs dans un moment de “transformations majeures” impactant l’éducation, à savoir la baisse démographique et l’adaptation au changement climatique .

Renforcer la gouvernance locale de l’éducation

Plusieurs des 17 propositions formulées figurent dans un axe de travail destiné à “outiller et renforcer la gouvernance locale de l’éducation”, mais le rapport précise que cela doit être accompli “sans nouveau transfert de compétence”. Il est question de :

  • “confier à un élu local la présidence du conseil d’administration” des EPLE ,
  • rendre obligatoire et pluriannuel le projet éducatif territorial (PEDT) et en faire l’outil central de la gouvernance éducative locale afin de garantir la continuité éducative sans remettre en cause l’unité nationale du service public,
  • nommer un DDEN dans chaque école afin de renforcer les liens entre école, commune et société civile. Les étudiants préparant les concours d’enseignement pourraient assurer cette fonction,
  • rendre effective, via la publication du décret d’application, la création des établissements publics locaux de coopération éducative”.

Construire une “formation décloisonnée”

Le think tank considère en outre que l’éducation “mobilise aujourd’hui une pluralité d’acteurs publics” ‑ communes, intercommunalités, départements, régions, mais aussi associations et partenaires institutionnels ‑ qui “structurent largement l’environnement éducatif dans lequel évoluent les enfants et les jeunes”.

Il invite donc à “construire une culture éducative commune” entre l’Éducation nationale et les collectivités territoriales, pour laquelle il convient de “rendre obligatoire la formation décloisonnée à l’ensemble des personnels de l’éducation : enseignants, AESH , Atsem , AED , Dasen , DGA …”

La formation décloisonnée serait confiée à Réseau Canopé , opérateur de l’Éducation nationale, “en partenariat avec le CNFPT “, et serait dotée “d’un plan autour des compétences transversales” : compétences psychosociales, usage des écrans et prévention des risques numériques, sciences cognitives et connaissance des rythmes de l’enfant, inclusion et accompagnement des élèves à besoins éducatifs particuliers.

Quelle décentralisation ?

À noter que si le think tank estime que “le futur de l’éducation dans les territoires ne reposera pas sur le transfert de compétences ou un nouvel acte de décentralisation”, il souligne cependant “les ambiguïtés d’une décentralisation inachevée”, considérant qu’il existe “de réelles possibilités d’autonomie et d’expérimentation prévues par les textes”.

Dès lors, ses propositions sont qualifiées de “décentralisation éducative” sans transfert de compétences, sauf pour deux domaines :

  • “les compétences jeunesses et sports, qui passeraient des académies aux collectivités territoriales, adaptées en fonction des spécificités locales”,
  • le service public de la petite enfance, en permettant “l’ouverture, à titre expérimental, d’établissements d’éveil du jeune enfant, rassemblant crèches et maternelles jusqu’à 6 ans, sous la responsabilité des communes”.

Créer un “préfet délégué aux affaires éducatives”

Le think tank entend encore “harmoniser, coordonner et évaluer les politiques éducatives locales de 0 à 15 ans”, ce qui passe notamment par la création d’un “préfet délégué aux affaires éducatives chargé de coordonner l’action éducative locale et de fluidifier la collaboration entre représentants de l’Éducation nationale et représentants des collectivités”. Pour rappel, deux décrets concernant le pouvoir des préfets en matière d’éducation avaient été publiés en juillet 2025.Il s’agit encore de “sortir l’expérimentation éducative de la logique d’appel à projets, en la conditionnant à une évaluation indépendante et à un droit à la généralisation ou à l’abandon en fonction des résultats obtenus”.

Parmi les autres recommandations du rapport :

  • “développer le principe des learning expeditions ou le jumelage entre municipalités innovantes sur le plan éducatif pour inciter à la généralisation des initiatives réussies sur le territoire,
  • inscrire systématiquement dans les PEDT un volet consacré à l’engagement et à la citoyenneté des jeunes en proposant des temps de rencontres et d’écoute des jeunes, des espaces ou des dispositifs favorisant l’action des jeunes pour leur territoire,
  • créer un carnet citoyen adossé au livret scolaire unique (LSU) pour valoriser l’engagement, la citoyenneté et la capacité d’agir des jeunes,
  • favoriser l’ouverture d’espaces parents prévus par la loi dans les écoles, en lien avec les communes et les REAAP ,
  • optimiser les infrastructures scolaires par l’ouverture de l’école hors temps scolaire aux familles, adolescents et associations”.

Retrouvez l’article ici

Crédits photo : Eleni Mavrandoni (© Shutterstock)