Depuis octobre 1958, la Maison Familiale Rurale (MFR) de Campagne-les-Boulonnais – au cœur du Pas-de-Calais – incarne le projet des MFR : former des jeunes dès 14 ans via l’alternance, mais surtout les inscrire dans une dynamique locale à la fois sociale, économique et éducative[1].

Repères
¤ Il existe 495 maisons familiales rurales en France et plus de 700 en partenariat dans le monde.
¤ 250 000 familles et maîtres de stage ou d’apprentissage sont associés à la formation.
¤ Les MFR proposent des formations par alternance de la 4ᵉ au Bac + 5, et forment environ 100 000 personnes chaque année.

Une pédagogie ancrée dans le réel

La particularité des MFR, en plus de leur statut associatif, tient à cette pédagogie de l’alternance : les jeunes alternent entre périodes à l’école et expériences en entreprise, à l’image des centres de formation d’apprentis. À Campagne-les-Boulonnais, les filières proposées – agriculture, agroéquipement, métiers du cheval, commerce – adressent précisément les besoins du territoire.

“Le jeune est autant, voire presque davantage, en entreprise qu’en classe.” explique Sébastien Hédoux, directeur de la MFR de Campagne-lès-Boulonnais

Ce mode d’apprentissage donne du sens aux élèves. Ils ne se sentent pas cantonnés à des savoirs théoriques, mais apprennent par l’immersion dans des contextes professionnels, dans des contextes professionnels concrets. L’obtention d’un diplôme (Bac pro, BTS…) se double d’une véritable mise en situation, ce qui favorise leur insertion.

“C’est un rythme carrément différent des établissements publics. C’est mieux, je préfère” témoigne un jeune de 2nde lors du traditionnel passage en classe, tous les vendredis après-midi, par le directeur.

L’atout des MFR : accueillir des jeunes qui ne se reconnaissent pas dans un parcours scolaire classique. Pour autant, ce ne sont pas des écoles de la deuxième chance. Au contraire, les jeunes témoignent de plus en plus avoir fait le choix de rejoindre la MFR, par goût, par besoin d’une autre forme d’apprentissage, ou par désir d’être en lien concret avec le monde du travail.

“Moi, clairement, je suis venue pour les stages” témoigne une jeune fille en bac pro CGEA support agricole.

Le modèle de l’alternance, le lien avec le milieu professionnel, la perspective d’un métier tangible et local : contribuent à donner du sens et à accroitre la motivation. A la sortie, la transition vers l’emploi est facilitée et assumée.

Si les moniteurs ou le directeur voient moins leurs élèves que dans un établissement scolaire de la voie générale, puisqu’ils sont en entreprise, l’accompagnement et le suivi de chaque jeune est rigoureux. Même “un jeune qui n’a pas son diplôme, on voit qu’il a grandi, les parents nous le disent aussi, notamment sur le vivre ensemble : la politesse, l’entretien des espaces communs… on les accompagne à grandir”, explique le directeur de la MFR.

Une structure associative profondément liée aux familles

Autre élément distinctif des MFR : ses liens avec les familles. Parents, entreprises locales, élus, anciens élèves ou parents d’élèves, professionnels sont parties prenantes. D’ailleurs, les MFR sont autant des associations, au regard de la loi du 1er juillet 1901, et des associations familiales, au regard du Code de l’action sociale et des familles. Cette gouvernance collective permet de faire vivre l’établissement au rythme du territoire, de ses besoins et de ses dynamiques.

Au moins 50% des membres du conseil d’administration sont des parents d’élèves, ou d’anciens élèves.

Les familles ne sont donc pas de simples utilisatrices d’un service scolaire : elles participent à la vie de l’association et à l’orientation de l’établissement. À titre d’exemple, au moins 50% des membres du conseil d’administration (C.A.) sont des parents d’élèves, ou d’anciens élèves. À Campagnes-lès-Boulonnais, ils sont à 53%. Le renouvellement régulier des membres et les 6 réunions du C.A. par an – en plus des réunions avec les parents – permettent de créer de vrais liens entre les équipes et les familles. L’établissement devient un lieu de citoyenneté et de participation collective dont le modèle de gouvernance partagée nourrit un climat de confiance.

Au-delà des instances, les familles sont aussi associées au parcours des jeunes par un lien pédagogique concret : les travaux à réaliser en période d’entreprise les amènent à échanger avec leurs parents sur ce qu’ils apprennent en classe. Ils appellent cela le plan d’études (PE), un travail de recherche et d’échanges avec la famille et/ou le maître de stage. Ce simple mécanisme crée un dialogue éducatif rare par rapport à d’autres établissements. Partenaires de la formation, les parents suivent l’évolution de leur enfant, comprennent mieux les exigences de l’alternance et peuvent valoriser les progrès.

Un établissement scolaire ouvert sur son territoire

Les élèves, en premier lieu, incarnent l’ouverture de l’établissement sur le territoire, par une pédagogie qui les rend acteurs de leur parcours.

En effet, les travaux que les élèves doivent réaliser en période d’entreprise sur des thèmes tels que “vivre en démocratie” ou “mon entreprise et son environnement”, permettent de les rendre acteurs de leur parcours scolaire.

Leurs travaux d’entreprise les incitent à interroger les adultes qui les entourent (un élu, leur maitre d’apprentissage, le supermarché d’à côté…). Ils sortent ainsi de leur posture d’élève pour mieux connaitre et comprendre le monde qui les entoure, en commençant par leur territoire.

S’agissant de l’établissement, ses liens avec le territoire s’observent et passent souvent par les élus locaux. La commune a soutenu la création d’un parking ; et en retour, la Maison met à disposition ses locaux, à titre gracieux, à toutes les associations du village.

D’autres structures peuvent aussi investir les espaces disponibles, moyennant une contribution. Il n’est pas rare, par exemple, de voir la Chambre de l’Agriculture ou d’autres OPA[2] s’inviter pour une réunion ou encore une ribambelle de jeunes occuper les lieux pour une semaine en colonie de vacances.

“Dans un territoire, une Maison Familiale Rurale c’est structurant : ça crée de l’emploi ; et puis, un établissement scolaire, ça vitalise une commune.”

Autre temps fort d’ouverture sur le territoire : leur grande journée de portes ouvertes, les 8 mai qui accueille 5000 personnes chaque année. Une journée que les administrateurs, les apprenants et l’équipe éducative ont créé ensemble, main dans la main, pour mettre en place des animations telles qu’un concours d’animaux, un marché gourmand, un concours d’attelage, une exposition de matériels agricoles… tout en faisant appel à leurs partenaires locaux !

Évidemment, ce modèle de démocratie locale et de participation citoyenne pour les jeunes, n’est pas sans risque : la dépendance à un réseau local de maîtres de stage, d’entreprises partenaires, de familles engagées et d’élus rend le modèle fragile. Sans cette implication collective, les MFR risquent de perdre de leur efficacité.

“Quand une maison perd le lien avec sa commune, ça va souvent de pair avec une maison qui va mal.” Roland Grimault, directeur général du réseau des MFR

Le modèle des MFR souligne combien les établissements scolaires ont les moyens d’agir tout en nourrissant un projet collectif, pour permettre aux jeunes des parcours professionnalisants et concrets, pour faire vivre l’attractivité et la cohésion sociale des territoires.

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[1] Pour en savoir plus sur les MFR : voir page 47 de l’étude « Le monde du travail, nouvel horizon éducatif » de VersLeHaut.

[2] OPA : organisation professionnelle agricole.