Les enfants sont partout dans le débat public. On parle de leur réussite scolaire, de leur santé mentale, de leur exposition aux écrans, de leur avenir dans un monde confronté aux crises écologiques, sociales ou géopolitiques. Pourtant, ils sont rarement associés aux discussions qui les concernent directement, avec une parole qui reste sollicitée à la marge. 

Avec la Présidentielle des enfants, une initiative portée par « Les Petits Molières » ambition est d’inviter des élèves à choisir une cause, écrire un programme et voter. Cette expérience démocratique inédite entend rappeler que les enfants ne sont pas seulement les citoyens de demain, mais qu’ils ont déjà quelque chose à dire sur le monde d’aujourd’hui. 

Repères
¤ 20,9% de la population en France a moins de 18 ans (INED, 2024). 
¤ 32 % des 15-17 ans ont signé une pétition ou défendu une cause sur Internet, et un quart d’entre eux ont participé à une manifestation ou à une grève dans les 12 derniers mois en France en 2024 (Baromètre DJEPVA sur la jeunesse, 2025). 
 

Faire vivre le droit de participation des enfants 

Lorsqu’on évoque les droits de l’enfant, on pense spontanément à la protection. Pourtant, la Convention internationale des droits de l’enfant (CIDE) reconnaît aussi leur droit d’exprimer une opinion sur toute question qui les concernent. 

Et la Présidentielle des enfants, tout en s’appuyant sur la CIDE, entend faire vivre ce droit. L’opération organise une véritable élection présidentielle à l’échelle des enfants : du CP à la Terminale, environ 200 000 élèves sont invités à choisir une cause qui leur tient à cœur, à rédiger un programme et à voter.  

Chaque enfant peut ainsi devenir un candidat potentiel à la Présidence de la République, dans une démarche à la fois pédagogique et citoyenne. 

L’idée n’est pas seulement de recueillir une opinion, mais de reconnaître les enfants comme des acteurs capables d’analyser leur environnement, de formuler des idées et de contribuer à la réflexion collective parce qu’ils « vivent dans le monde, ils ne sont pas à côté » rappelle Aude Géneau, fondatrice de Plume et à l’initiative de ce projet. Ils sont des observateurs du réel, traversés par les mêmes inquiétudes que les adultes, même si celles-ci s’expriment avec d’autres mots. 

Une ambition qui rompt avec une représentation encore très (trop) répandue de l’enfance comme âge de l’incompétence, de l’incompréhension ou de l’irresponsabilité. 

Apprendre la démocratie en la pratiquant 

La Présidentielle des enfants ne se limite pas à un exercice d’expression. Les organisateurs ont choisi de reprendre les principaux codes de l’élection présidentielle française : recherche de signatures, déclaration de candidature, élaboration d’un programme, campagne et vote.  

À première vue, ce choix peut surprendre. Pourquoi demander à des enfants d’entrer dans un cadre conçu par et pour les adultes ? Pourquoi ne pas inventer d’autres formes de participation plus proches de leurs pratiques ou de leurs représentations ? 

Pour Aude Guéneau, l’enjeu est précisément de rendre les institutions compréhensibles et accessibles parce que « la bonne compréhension des concepts démocratiques et de l’institution politique, c’est ce qui permet d’avoir un regard éclairé. » 

L’ambition rejoint ici celle de l’éducation morale et civique dispensée au cours de leur parcours scolaire, c’est-à-dire celui de permettre aux jeunes de comprendre les mécanismes de la vie démocratique pour pouvoir ensuite y prendre part de manière éclairée. Dans un contexte marqué par la défiance envers les institutions et la progression de l’abstention, cette familiarisation précoce avec le fonctionnement démocratique apparaît comme un levier d’engagement. 

Mais la démarche ne s’arrête pas à l’apprentissage des règles. Elle repose également sur un travail d’écriture. Chaque candidat est amené à mettre ses idées en mots, à argumenter, à convaincre. Une dimension centrale pour Les Petits Molières, dont le fil rouge est depuis l’origine l’écriture engagée.  

À travers l’exercice de l’écriture, les enfants découvrent que la participation démocratique ne passe pas uniquement par le vote. Elle suppose aussi de savoir formuler une idée, défendre une cause et contribuer à la conversation collective. 

S’exprimer, et après ? 

« Les Petits Molières » veulent éviter l’écueil d’une action sans lendemain. L’idée sera alors de construire un « baromètre des idées » à partir des propositions formulées par les élèves. Ce baromètre sera ensuite transmis aux candidats à l’élection présidentielle. L’association souhaite également permettre à certains jeunes de présenter leurs travaux dans des institutions comme le Sénat ou l’Assemblée nationale. Derrière ces perspectives, l’objectif est donc de faire sortir la parole des enfants du seul cadre scolaire pour l’inscrire dans le débat démocratique. 

Cette réflexion rejoint d’ailleurs un débat qui dépasse les frontières françaises. Dans plusieurs pays européens, la question de l’abaissement de l’âge du droit de vote ou du renforcement de la représentation des jeunes dans les instances démocratiques est régulièrement discutée. Sans trancher cette question, la Présidentielle des enfants rappelle au moins que les décisions prises aujourd’hui engagent profondément les générations de demain. 

« On prend des décisions sans les aviser, sans les écouter, alors que cela les impacte directement. » Aude Guéneau 

L’initiative invite finalement à faire de la présidentielle l’occasion de regarder les enfants non comme des destinataires de politiques publiques mais comme des interlocuteurs à part entière, avec des idées, des convictions et des envies pour l’avenir qu’ils vont habiter. 

Et comme toutes présidentielles, pour être candidat, il faut des signatures ! Alors sur le modèle des 500 parrainages de maires requis pour qu’un candidat se présente à l’élection présidentielle, l’initiative a besoin de 1000 signataires pour valider et lancer officiellement cette première campagne. N’attendez plus, signez :  

Alexanne Bardet