Dans une nouvelle chronique réalisée en partenariat avec l’application ludo-éducative Bayamnous répondons aux questions que vous pouvez vous poser en lien avec l’éducation de vos enfants, élèves, petits-enfants… Cette semaine, Bérengère Wallaert, chargée d’études pour VersLeHaut, vous informe sur les effets (positifs) de la musique sur le développement des enfants. 

L’effet Mozart : mythe ou réalité ?

Exposer nos enfants à la musique de Mozart chaque jour pendant la petite enfance, et même in utero, développerait leur intelligence ? En ferait des petits génies ? On a envie d’y croire… Mais est-ce cela que disent les scientifiques en parlant de « l’effet Mozart » ?

Pas vraiment.

Voilà leur expérience : si l’on fait écouter chaque jour à un enfant 10 minutes de la Sonate pour deux pianos en ré majeur de Mozart, ses performances spatiales[1] sont améliorées. Pendant quinze minutes. Et c’est tout. On est loin de l’effet magique espéré !

Est-ce que cela signifie que la musique serait sans effet sur les capacités de nos chérubins ? Certainement pas.

Ecouter de la musique renforce la plasticité cérébrale

Des recherches scientifiques ont démontré la capacité de la musique à modifier l’activité du cerveau en fonction de ce qu’il écoute[2].

Ecouter de la musique crée des millions de connexions dans le cerveau qui renforcent sa plasticité.

Cela développe la mémoire, la concentration, le raisonnement, mais aussi des comportements sociaux comme l’ambition ou l’empathie. Et cela facilite l’apprentissage du langage, de la lecture, du raisonnement logique nécessaire aux mathématiques…

C’est encore plus vrai lorsqu’on apprend à faire de la musique

Tout cela est encore plus vrai pour ceux qui, au-delà d’écouter de la musique, apprennent à en jouer. Et plus ils commencent tôt, plus ça marche ! On évalue un impact plus fort si l’enfant a démarré ses apprentissages avant l’âge de 7 ans.

Par exemple, on a aussi observé les performances de QI des enfants de 6 ans recevant des cours de piano ou de chant. Ils sont meilleurs sur plusieurs critères[3]. Ces résultats ne sont pas surprenants : l’apprentissage de la musique travaille la coordination de la pensée, des gestes et de la vue. Cela sollicite l’attention soutenue et la mémoire de travail…

Mais n’oublions pas que tout apprentissage est amélioré par la motivation et le plaisir. Au contraire, pas sûr que l’enfant contrarié d’aller à des leçons de solfège en tire un grand bénéfice…

Chanter en chœur favorise la coopération

Des études ont aussi prouvé que chanter en chœur favorisait la coopération plutôt que la compétition[4] : après avoir chanté d’une même voix, on a plus envie de jouer les uns avec les autres que les uns contre les autres ! De là à dire que la musique adoucit les mœurs…

Bercer en rythme rend les bébés généreux

Récemment, on a observé un autre effet étonnant du rythme[5]: il rend les bébés généreux. Dans cette expérience, des tout-petits de 14 mois ont été bercés par des adultes sur fond musical. Certains étaient bien en rythme, d’autres en décalage avec le rythme. Ensuite, chaque adulte a fait tomber un objet. Les bébés qui ont été « bien » bercés, en cadence, rendaient plus volontiers l’objet. Ces tout-petits ont été plus altruistes !

En conclusion

De façon générale, la musique n’a pas fini de livrer ses secrets, d’autant plus qu’il y a beaucoup d’effets qu’on a du mal à prouver scientifiquement, car de nombreux facteurs sont mêlés. Mais les mélomanes et les musiciens les connaissent, comme l’envie de danser, la sérénité, la joie ! Ces bienfaits viennent de la musique elle-même, mais aussi, certainement, d’autres facteurs, comme de l’engagement des artistes, de la création, du travail commun, du désir et de l’amour de l’art.

Ce ne serait pas plutôt cela « l’effet Mozart » ?

 

[1] Il s’agit de l’amélioration temporaire du raisonnement spatial, telle que mesurée par les sous-tâches de raisonnement spatial du test de QI Stanford-Binet.

[2] Isabelle Peretz Apprendre la musique Nouvelles des neurosciences

[3] Cf. l’étude de E. Glenn Schellenberg, de l’Université de Toronto, « Music lessons enhance IQ », in press, Psychological Science, 2004.

[4] « The influence of group singing on trust and cooperation », A. Anshel and D. A. Kipper, Journal of music therapy, 25, 1998, pp.145-155

[5] « La synchronie interpersonnelle améliore la prosodie chez les nourrissons » L. K. Cirelli, K. M. Einarson et L. J. Trainor, 2014, Developmental Science, 17, pp. 100”-1011