Une des clés contre le décrochage scolaire est celle de redonner confiance aux jeunes en difficulté face à l’école, pour qu’ils (re)deviennent acteurs de leur scolarité et de leur avenir. Cette ambition est aussi celle de l’association Le Sens de l’École, fondée en janvier 2020 quelques semaines avant le premier confinement…
| Repères ¤ Selon un panel d’enseignants interrogés entre décembre 2024 et février 2025, 21% des élèves seraient en risque élevé de décrochage scolaire (Baromètre Ecolhuma, 2025). ¤ 7,6% des jeunes de 18 à 24 ans en France étaient en situation de « sorties précoces » en 2023 (INSEE, 2023). ¤ Un enfant issu de milieu défavorisé a 4 fois plus de risque de quitter l’école sans diplôme à compétences scolaires identiques (CIDJ, 2025). |
Une prévention contre le décrochage scolaire
Le terrain d’action de l’association ce sont les classes de cycle 3 (CM1, CM2, 6ème) en éducation prioritaire (REP, REP+, QPV, Cités éducatives). Sa conviction est qu’il faut préparer les élèves à surmonter les difficultés liées à l’apprentissage qu’ils pourraient rencontrer en leur mettant à disposition des outils qui, à termes, préviennent le décrochage scolaire. Ces outils, concrètement, permettent aux élèves de développer une vision positive de leur scolarité et de sa finalité.
Pour ce faire, le Sens de l’École a mis en place un programme qui s’appuie sur trois piliers complémentaires :
- le growth mindset (la croyance que l’on peut toujours progresser) ;
- le sentiment d’appartenance à l’école ;
- la conscience de la raison d’être de son parcours scolaire.
Ensemble, ils nourrissent ce que l’association cherche avant tout à renforcer : la confiance de l’enfant, en lui-même, dans les autres, et en l’avenir.
Des ateliers ancrés dans la science
Le programme repose sur un corpus scientifique solide, développé par une quarantaine de chercheurs en psychologie, neurosciences, sociologie et économie de l’éducation. Chaque atelier mis en place est adapté à la classe d’âge. Pour les CM1-CM2, les parcours « En avant » et « Cap », et pour les 6èmes, c’est le parcours « Plus Haut ». Ces programmes ont été évalués par une recherche-action menée par l’Université Lumière Lyon 2 et validés par une publication scientifique en 2024.
Le parcours « En avant » est axé sur la métaphore du chemin. Les élèves progressent vers la prise de conscience de l’éducation comme un droit précieux, tout en explorant le sens de leur propre scolarité, en apprenant à faire de chaque erreur un tremplin, et en se fixant un cap personnel et motivant à l’école.
L’atelier « Plus haut » amène les élèves à comprendre que l’apprentissage prend du temps et que l’échec en fait partie. L’exemple du bébé qui tombe en moyenne 2 000 fois avant de marcher parle à tous. Un jeu collectif, le « haut/bas », leur fait expérimenter concrètement les effets de la motivation et de l’entraînement. Et une plongée dans les neurosciences leur révèle que leur cerveau, comme un muscle, se renforce à chaque effort.
Entre les ateliers, les élèves travaillent sur un carnet de route individuel et relèvent des défis collectifs pour ancrer ces apprentissages dans leur quotidien.
Accompagner les enseignants aussi
Le Sens de l’École ne se limite pas aux élèves : l’association propose une approche globale de l’accrochage scolaire qui prend en compte l’ensemble de la communauté éducative, pour favoriser la cohésion et la cohérence des postures autour de l’enfant. Enseignants, directeurs, RASED, coordonnateurs REP, conseillers pédagogiques, animateurs périscolaires, familles : chacun a un rôle à jouer, et l’association est là pour les accompagner.
Agir sur les représentations des adultes est tout aussi décisif qu’agir sur celles des élèves.
Pour les personnels de l’Éducation nationale, différents modules sont proposés au sein des réseaux d’éducation prioritaire, de 3 heures à 4 jours, et peuvent être déployés sur plusieurs années scolaires. Ces formations reposent sur trois piliers :

C’est là une cohérence forte du modèle : agir sur les représentations des adultes est tout aussi décisif qu’agir sur celles des élèves. Parce que les activités périscolaires sont de formidables opportunités pour que les enfants développent leur sentiment d’appartenance et prennent confiance en leurs capacités, les animateurs sont également accompagnés. Les familles, quant à elles, sont associées via des conférences et ateliers parents/enfants, pour créer un langage commun entre la maison et l’école.
Des résultats qui confirment l’intuition
Depuis sa création en 2020, Le Sens de l’École a agi auprès de plus de 35 000 élèves, dans 1615 classes et cela dans 61 villes différentes. Ses actions ont été évaluée dans le rapport d’impact 2024-2025, réalisé par le cabinet Kimso, publié en novembre 2025. Il mesure les effets des programmes sur les élèves, et les premiers résultats sont probants : le growth mindset progresse de façon significative, avec des effets visibles sur la motivation et le rapport à l’école des élèves. Selon le rapport, 91% des élèves interrogés ont pris conscience que tout le monde peut développer son intelligence. Concernant le sentiment d’appartenance, 95% des élèves interrogés ont pris conscience de l’importance de s’écouter et de se respecter en classe.
Par ailleurs, la rentrée 2025-2026 illustre bien la trajectoire montante de l’association : plus de 350 classes accompagnées en Île-de-France, des pilotes lancés dans d’autres régions, et une communauté de 63 intervenants formés et déployés dans les établissements. Et cette croissance a été reconnue : Le Sens de l’École a été sélectionné parmi les finalistes 2025 de La France s’engage.
Ainsi, le décrochage scolaire commence rarement par une lacune dans les savoirs. Il commence par un enfant qui ne se voit plus capable, qui ne se sent plus à sa place, qui ne voit plus où tout cela le mène. Le Sens de l’École nomme ce problème clairement et tente d’y répondre en donnant des outils aussi bien aux élèves qu’aux éducateurs. L’idée que la confiance et la persévérance puissent faire l’objet d’un enseignement mérite en tout cas d’être prise au sérieux.
