Date de parution : le 27 mars 2026
La hausse des prix des carburants fragilise davantage les stations indépendantes qui avaient déjà tendance, avant même la guerre au Moyen-Orient, à disparaître. La filière réclame aux pouvoirs publics un plan national d’accompagnement à la transformation des stations.
A en croire les Cassandre, il en ira bientôt des stations-service indépendantes comme des magasins de location de DVD : elles vont disparaître de nos villes et de nos campagnes. Selon une étude de l’Observatoire des métiers des services de l’automobile (OBSA) commandée par Mobilians (lire l’encadré en fin d’article), 41 % des exploitants de stations-service indépendantes envisagent d’arrêter la distribution de carburant d’ici à 2035, soit près de 1 500 stations, dont une large majorité en zones rurales et périurbaines. D’après le décompte réalisé par la même organisation professionnelle Mobilians, il restait l’an dernier en France environ 5 200 stations en grandes surfaces et 5 700 stations traditionnelles. Ces dernières étaient 6 500 en 2013.
En 2018 déjà, elles n’étaient plus que 6 000 et leurs gérants se faisaient très pessimistes. Ils dénonçaient une hausse disproportionnée de leurs charges, étant tenus aux mêmes obligations réglementaires que les stations adossées à la grande distribution ou bien membres des réseaux des pétroliers. Toutes, en effet, ont dû investir ces dernières années dans l’enfouissement de nouvelles cuves pour préparer l’arrivée du gazole B10, comprenant 10 % d’huiles végétales, tout en conservant le gazole B7.
Risque de faillite accru pour les stations-service indépendantes
Aujourd’hui s’ajoute la nécessité de répondre à la demande pour de nouveaux carburants (Superéthanol-E85, notamment) et de nouvelles énergies (électrique). Or, à en croire Mobilians, « près d’une station en France sur deux dégage un résultat annuel inférieur à 30 000 euros et plus du tiers n’a pas la capacité de financer les investissements nécessaires pour installer des bornes de recharge ou moderniser leurs équipements ».
L’organisation professionnelle voit pourtant en ces stations indépendantes « un allié de la mobilité des Français et de la décarbonation du parc automobile ». A l’en croire, les stations existantes seraient « les plus adaptées pour déployer les solutions multi-énergies (électrique, hydrogène, biocarburants) ». A l’inverse, leur disparition progressive entraînerait « un allongement des distances d’accès au carburant, une dégradation du service rendu aux usagers et une fragilisation directe de la mobilité ».
A la campagne, la voiture assure la quasi-totalité des déplacements
Plusieurs études ont en effet déjà mis en lumière l’isolement des personnes âgées qui arrêtent de conduire : les conséquences sur leur vie sociale et sur leur santé ne sont plus contestées. Toutefois les jeunes gens, eux aussi, souffrent de leur perte de mobilité.
Le 3 février dernier, le groupe de réflexion VersLeHaut dévoilait son baromètre « Jeunesse et Confiance » sur les fractures territoriales. On y apprenait que si les jeunes urbains sont 72 % à estimer avoir facilement accès à des activités culturelles. Cette proportion tombe à 56 % chez les quelque 5,3 millions de jeunes Français qui vivent dans une commune rurale. Même décrochage pour ce qui est de l’accès au lycée : 82 % pour les urbains contre 65 % pour les ruraux. Similaire est la proportion de jeunes de 16 à 25 ans qui déclarent avoir dû renoncer à une activité de loisir ou à une formation, faute d’avoir pu bénéficier d’une solution de transport adaptée (transports en commun ou bien permis de conduire). Or, on le sait, à la campagne, c’est la voiture qui assure la quasi-totalité des déplacements.
Pour préserver cette mobilité autant que l’emploi, la fédération Mobilians réclame aux pouvoirs publics « un plan national d’accompagnement et de transformation des stations » pour sauvegarder leur maillage territorial et les aider à financer le déploiement de bornes de recharge, notamment.