Responsable d’accueil périscolaire à Poitiers, Paulina Deslandes San Martin Zbinden (SMZ) revient sur les défis d’un secteur en tension. Entre sous-effectifs, formation des équipes et attentes des familles, elle explique comment la crise récente a servi de catalyseur pour repenser les pratiques et redonner du sens à un métier au cœur de l’éducation.

Un parcours ancré dans l’animation et l’éducation

VersLeHaut (VLH) : Pouvez-vous nous retracer votre parcours professionnel ?

Paulina Deslandes SMZ :

Mon histoire avec l’animation a commencé très tôt. Arrivée en France à 18 ans avec l’envie de voyager, j’ai intégré un BTS Tourisme. C’est lors d’un stage sur l’Île d’Oléron, en première année, que j’ai découvert l’animation. J’ai immédiatement accroché et passé mon BAFA.

Mon entrée dans le monde professionnel a débuté par un contrat emploi-jeune dans une maison de quartier, où j’encadrais à 20 ans des jeunes de 11 à 18 ans. Mon directeur m’a proposé de préparer un DUT Carrière Sociale en alternance, formation que j’ai obtenue après cinq ans. J’ai ensuite postulé pour des postes de direction de centres. À Poitiers, j’ai commencé comme animatrice périscolaire, tout en prenant la direction de centres l’été pour compléter mes revenus. Après quelques années, j’ai été promue référente, puis responsable avec la création des RAPS (responsable d’accueil périscolaire) et des postes à 35 heures en 2019. Depuis 2008, je travaille à l’école Georges Brassens. Après avoir dirigé le centre du Bois de Saint-Pierre, j’ai demandé un changement pour des raisons de fatigue et d’éloignement du terrain. Aujourd’hui, je suis animatrice au centre associatif Croqu’Soleil, mise à disposition par la ville de Poitiers tout en restant RAPS pour l’école.

Entre management et pédagogie

VLH : En quoi consiste concrètement votre métier de responsable d’accueil périscolaire ?

Paulina Deslandes SMZ :
C’est avant tout un métier de
management et de « relationnel ». Je travaille en étroite collaboration avec l’équipe pédagogique pour assurer le suivi des enfants et l’accompagnement des familles. Avec mon équipe du périscolaire, mon rôle est double : les manager, mais aussi les former et les accompagner dans leurs projets d’animation.

Chaque année, l’équipe se renouvelle en grande partie.

Nous avons beaucoup d’animateurs qui sont étudiants, notamment en psychologie, ou des « mamans solos » qui reprennent une activité professionnelle. Ces profils ne voient pas forcément l’animation comme un métier, mais comme un emploi temporaire. Pourtant, il est crucial de les former pour qu’ils proposent des activités adaptées aux enfants, notamment pendant les temps de pause – 1h05 le matin, 1h50 le midi ou 2h30 le soir. Certains enfants passent toute leur journée avec nous, d’autres seulement une ou deux heures.

Chaque année, l’équipe se renouvelle en grande partie. Il faut donc s’adapter aux profils recrutés. Les étudiants en psychologie, par exemple, sont très sensibles aux enjeux pédagogiques et aux courbes d’attention des enfants, mais ils manquent souvent d’idées pour les activités ludiques. Mon rôle est de les guider sur ce volet.

L’impact de la réforme des rythmes scolaires de 2013

VLH : La réforme des rythmes scolaires de 2013 a-t-elle changé la donne pour le périscolaire ?

Paulina Deslandes SMZ :
Oui, elle a permis une amélioration des conditions de travail pour les animateurs. La pause du midi est passée de 1h30 à 1h50, ce qui leur donne plus de temps pour proposer des activités plus élaborées. Pour les enfants, cette réforme a aussi été bénéfique : elle leur permet de prendre leur temps et de ne plus être dans la course permanente. Certains parents en ont profité pour venir chercher leurs enfants pendant ces plages.

La crise du périscolaire : entre sous-effectif et pression

VLH : Depuis un an, le secteur du périscolaire traverse une crise. Avez-vous ressenti des tensions avec les familles ou les équipes ?

Paulina Deslandes SMZ :
Non, je n’ai pas ressenti de défiance de la part des familles. Je suis dans cette école depuis 18 ans : j’ai connu des parents quand ils étaient élèves, et même certains animateurs ! Cette longévité crée un climat de confiance.

En revanche, la crise médiatique a été un électrochoc pour mon équipe. J’ai montré des extraits du reportage qui a marqué les esprits à mes animateurs pour qu’ils comprennent l’image qu’ils renvoient. Par exemple, s’ils crient sur un enfant, c’est cette image que je vois, et que les autres voient aussi. Ça m’a servi d’outil pédagogique.

Nous sommes souvent en sous-effectif : sur les 23 animateurs prévus par jour pour l’ensemble de l’école primaire – élémentaire et maternelle (avec 11 animateurs, 3 animateurs spécifiques dispositif ULIS en élémentaire et 7 animateurs et 2 animatrices accompagnement enfants à besoins particuliers en maternelle), nous sommes rarement au complet (maladies, examens…). Résultat : nous devons prioriser l’urgent, et parfois, des situations nous échappent. Le stress peut alors générer des comportements que nous regrettons. Aujourd’hui en élémentaire, avec 11 animateurs pour 8 classes, je peux mettre 1 adulte par classe et 3 « papillons » (des animateurs mobiles).

Le stress peut générer des comportements que nous regrettons.

Mais ce serait beaucoup plus confortable d’avoir davantage d’animateurs. Dans les centres de loisirs, l’encadrement est plus intéressant et garantie la sécurité et le bien être : le ratio est de 1 animateur pour 8 enfants en équivalent maternelle, et 1 pour 12 en équivalent élémentaire.

Quelles solutions pour l’avenir du périscolaire ?

VLH : Quels sont vos vœux pour améliorer le secteur ?

Paulina Deslandes SMZ :
Il faut arrêter de raisonner uniquement avec des ratios. 150 enfants ne justifient pas automatiquement 8 animateurs. Il faut prendre en compte la réalité du terrain : les problématiques locales, les besoins des familles et des enfants. Les responsables sur place doivent avoir plus de marge de manœuvre.

Aussi, la ville de Poitiers tente de fidéliser les animateurs en leur proposant des titularisations. Chaque année, 3 ou 4 personnes restent. C’est un effort, mais il faut aller plus loin.

Je souhaite aussi que des mini-formations soient proposées systématiquement : gestion de conflits, médiation entre enfants… Même pour ceux qui ne veulent pas en faire un métier, il est essentiel de les outiller. Recruter des animateurs, c’est leur confier la responsabilité d’enfants. La réalité est bien différente de ce qu’ils imaginent.

À titre d’exemple, les éducatrices du SESSAD (Service d’Éducation Spéciale et de Soins à Domicile) viennent former bénévolement nos équipes sur des thèmes comme l’autisme. C’est une initiative précieuse, mais elle devrait être généralisée.

Enfin, il serait utile d’allonger la période d’essai pour mieux évaluer les animateurs. Il faudrait qu’on puisse prendre le temps d’observer leur adaptation.

Propos recueillis par Alexanne Bardet