Article rédigé par Emmanuel Fontaine dans le cadre de la restitution de l’étude “Éducation : faisons le pari de la proximité” le 20 avril 2026 au Palais du Luxembourg.
“Il y a l’école d’un côté, mais l’école ne doit pas rester que de son côté”, estime Athithiya Anantharajah, adjointe au maire de Pontault‑Combault lors d’une table ronde organisée par le think tank VersLeHaut, lundi 20 avril 2026 au Sénat, après la restitution de son rapport “Éducation : faisons le pari de la proximité”. Si l’Andev constate un “recul de la de la présence de l’État”, en matière éducative, Daniel Auverlot (CEE) voit son rôle évoluer à la faveur de la baisse démographique. Face à un “système qui ne marche pas”, Jean‑Louis Borloo appelle les territoires à faire des propositions.
Quelle est aujourd’hui la place de l’Éducation nationale dans les territoires, et quels sont les rapports entre les différents acteurs qui contribuent à l’éducation des jeunes ? Ces deux questions étaient au coeur d’une table ronde organisée par le think tank VersLeHaut, lundi 20 avril 2026 au Sénat, après la restitution des grandes lignes de son rapport “Éducation : faisons le pari de la proximité”.
“Il y a l’école d’un côté, mais l’école ne doit pas rester que de son côté”, constate Athithiya Anantharajah, adjointe au maire de Pontault‑Combault (Seine‑et‑Marne) en charge de la citoyenneté et démocratie participative, en introduction de la table ronde. La conseillère municipale fait valoir l’importance de la co‑éducation et estime que travailler “en maillage territorial” apporte des résultats, notamment car “les jeunes voient qu’ils sont réellement pris en compte”.
“Nous ressentons plutôt un recul de la présence de l’État” (R. Merrien)
“Dans les territoires, nous ressentons plutôt un recul de la participation et de la présence de l’État”, considère Rozenn Merrien, présidente de l’Andev (Association nationale des directeurs et des cadres de l’Éducation des villes et des collectivités territoriales), interrogée sur la place de ce dernier en matière d’éducation.
Un propos qu’elle illustre en matière de santé mentale : “Aujourd’hui, si nous voulons un rendez‑vous dans un CMP , cela prend un an à 18 mois. Auparavant, en tant que collectivité, nous étions un service public de proximité, dans nos espaces ‘santé jeunes’, nous fournissions un premier accueil, ce qui permettait de les orienter. Aujourd’hui, on est en difficulté pour trouver ces relais”.
Néanmoins, elle s’accorde à dire que l’école “est le maillage le plus fin dans les territoires, et c’est d’ailleurs parfois l’école qui est le dernier ou la dernière représentante institutionnelle, à la fois dans les QPV , mais également en secteur rural”. Avec “un certain nombre de collègues et acteurs locaux de l’Éducation nationale qui vont se sentir parfois seuls, on va parler d’isolement. C’est là tout l’enjeu de la collaboration avec les collectivités, qui prend tout son sens”.
Daniel Auverlot, président du CEE , confère plutôt à l’État “un rôle de décideur, un rôle d’accompagnant” dans le cadre de la transformation en cours qui touche les collectivités dans le contexte de baisse démographique. Mais il observe avant tout que, “pour les enfants, le temps est segmenté”. De quoi souhaiter une réflexion sur leur complémentarité, par exemple sur la lecture “au CP, dans le plan mercredi ou à la médiathèque”.
“Il faut que l’école fasse confiance à d’autres acteurs qu’à elle‑même” (M. Chapulut)
Mais faut‑il aller vers davantage de décentralisation ? Jean‑Paul Carteret, président par intérim de l’ AMRF, n’est pas contre l’idée, toutefois il ne veut “pas tout rassembler dans les petites villes de demain” : “Je n’ai pas l’impression d’être dans la même France que vous. Je ne dis pas que l’État a reculé, ce sont les naissances qui ont reculé. […] La question, c’est quelle France nous voulons demain ?”
Il dit porter la “continuité éducative” depuis près de deux décennies et demander “depuis 15 ans que le directeur du périscolaire soit membre de droit du conseil d’école”. Bien que l’Éducation nationale ait toujours été “dans son couloir” et ne “s’occupe pas de ce qui est autour”, il constate néanmoins que les choses ont “beaucoup changé depuis 5 ans, avec les observatoires [des dynamiques rurales], avec les rencontres entre les Dasen et les élus”.
Marion Chapulut, de l’association Citizen Corps, a mis en place des projets de coopération éducative locale à Marseille afin de “penser la réussite collective”. Pour elle, ce qui manque, c’est de la formation et “un peu de confiance” accordée par l’école à “d’autres acteurs qu’à elle‑même”, notamment envers les enseignants qui mettent en place des expérimentations, bien que cela soit “peu repris par l’institution”
“Tout ce qui n’est pas interdit est rigoureusement permis” (D. Auverlot)
Rozenn Merrien met en avant la question des moyens, “mais pas uniquement humains”, ce qui implique surtout de “laisser la possibilité de se mettre en dynamique”, avec du temps qui soit “légitimé”. Elle aussi vante le “pari des territoires” en termes d’innovations “qui fonctionnent avec les familles”, là où “nous sommes parfois dans une logique un peu trop descendante”. En faisant également “le pari des enfants et des jeunes”, comme ce fut le cas lors de la consultation menée par le Cese sur les temps de l’enfant.
A contrario, pour Daniel Auverlot, “il ne manque rien”, cependant “est‑ce qu’on s’en sert ?” poursuit‑il. D’où la question de l’autonomie des acteurs, notamment des chefs d’établissement : “Tout ce qui n’est pas interdit est rigoureusement permis. Il faut savoir se servir de ce qui est autorisé. Lâchez les chevaux”.
Venu pour conclure la séance, l’ancien ministre Jean‑Louis Borloo répond que s’il ne manque rien, il n’a “jamais vu un gamin frapper la porte d’un dispositif. Les dispositifs, c’est l’espèce de cautère sur la jambe de bois d’un système émietté. C’est ça un dispositif. Il ne faut plus de dispositifs. Il faut un ou une responsable par territoire”. C’est ainsi qu’il invite les territoires, au regard de leurs “qualités”, de leurs “espaces” ou de leurs “bâtiments”, à “faire des propositions à la France” face à un système qui “ne marche pas”.
Les cités éducatives “sont devenues une machine” (J‑L Borloo)
Autre modèle que Daniel Auverlot, ex‑recteur de Créteil, affectionne, celui des cités éducatives , “avec un diagnostic, puis la construction d’un projet, avant la mise en place d’un pilotage” qui repose sur la troïka déléguée du préfet, chef de file de l’Éducation nationale et représentant de la collectivité.
Mais “cela nécessite un peu de moyens et il faut une évaluation des actions mises en place”, poursuit‑il.Mais là encore, Jean‑Louis Borloo critique un État qui n’est plus “centralisé” mais plutôt “émietté”, et dont la complexité empêche l’efficacité : “La cité éducative, qu’est‑ce que c’était au départ ? C’était juste ‘un’ poste pour mettre en relation les médecins de l’extérieur, le club de sport, la médecine scolaire, le psychiatre… Ce n’était que ça. C’était tout le village. C’est devenu une machine, c’est devenu un processus, c’est devenu un appel d’offres , c’est devenu une manifestation d’intérêt. C’est devenu un truc de dingue”.
Sur la photo, de gauche à droite, Daniel Auverlot (CEE), Rozenn Merrien (Andev), Jean-Paul Carteret (AMRF) et Marion Chapulut (CitizenCorps), lors d’une table ronde organisée par VersLeHaut le 20 avril 2026 au Sénat. | E. Fontaine (© AEF Info)