L’entrée dans la vie professionnelle constitue une étape structurante, pour les trajectoires individuelles comme pour l’équilibre de notre société. Or, en France, ce passage demeure particulièrement heurté. Malgré des niveaux de formation en hausse et des politiques publiques nombreuses, l’accès des jeunes à l’emploi est marqué par des difficultés persistantes. 

Si les difficultés d’insertion des 15-24 ans ne sont pas nouvelles, les évolutions récentes de la conjoncture semblent confirmer leur vulnérabilité particulière face aux retournements économiques : elles interrogent notre capacité collective à organiser la rencontre entre une génération et le monde du travail.

Faux départ dans le monde du travail : le chômage des jeunes augmente

Les jeunes sont toujours les premiers touchés lorsque l’économie ralentit. Le taux de chômage des 15-24 ans atteint désormais plus de 21 %, contre moins de 8 % pour l’ensemble de la population active. Une hausse brutale de 2,4 points sur le dernier trimestre 2025, bien plus rapide que celle observée pour le reste de la population (0,2 points)1

Les jeunes sont toujours les premiers touchés lorsque l’économie ralentit.

À cette fragilité s’ajoute une réalité plus préoccupante encore : près de 1,5 million de jeunes sont aujourd’hui sans emploi, sans formation et sans études – les fameux NEET pour « not in education, employment or training » (ni en emploi, ni en études, ni en formation). Ces jeunes en rupture de parcours représentent près de 15 % des jeunes en France, près du double de nos voisins allemands ou hollandais2

Nous sommes ici face à un paradoxe. En effet, ce diagnostic s’inscrit dans un contexte de forte élévation du niveau de formation initiale. La massification scolaire a permis d’élever globalement les qualifications, mais elle n’a pas supprimé les difficultés d’accès à l’emploi, en particulier pour les jeunes les moins diplômés. 

Lire notre article sur le sujet : les promesses rompues du diplôme 

L’apprentissage : levier ou frein ? 

Face à ces difficultés d’accès au premier emploi, l’apprentissage a été massivement développé ces dernières années. Et si son essor a permis d’augmenter significativement le nombre d’apprentis, les ajustements récents des aides publiques ont mis en évidence la fragilité du dispositif. En 2025, de nombreuses entreprises ont revu à la baisse leurs recrutements d’apprentis, traduisant une adaptation rapide à la diminution des soutiens financiers3

Utilisés comme une main d’œuvre bon marché, cantonnés à des tâches répétitives, les premiers pas des jeunes en entreprise se révèlent encore trop souvent décevants.

Ces évolutions invitent à interroger aussi les conditions de pérennité du modèle, ainsi que son impact réel sur l’insertion durable des jeunes. En effet, miné par le déficit de France compétences (estimé à 11 milliards d’euros depuis sa création4), l’essor de l’apprentissage se heurte également à l’hétérogénéité de la qualité des formations et à la réalité des missions proposées aux jeunes. Utilisés comme une main d’œuvre bon marché, cantonnés à des tâches répétitives, leurs premiers pas en entreprise se révèlent encore trop souvent décevants. 

Lire notre article sur le sujet : Comment sortir des « années folles » de l’apprentissage ? 

Cette réforme du premier quinquennat d’Emmanuel Macron nécessite de toute évidence un réajustement important, davantage sur le plan qualitatif que quantitatif.  

L’ambition de rapprocher la formation initiale des réalités du monde du travail demeure valable mais n’a de sens qui si elle contribue effectivement à un réengagement du tissu économique sur le terrain de l’éducation, de la formation et de l’insertion. Ce qui passe notamment par un meilleur encadrement de la Responsabilité Educative des entreprises et une montée en compétences des maîtres d’apprentissage dans leur management et leurs facultés à communiquer utilement avec l’établissement de formation. 

La pénurie de compétences bientôt à l’épreuve du choc démographique

Ces difficultés concernent autant les jeunes que les entreprises. Car d’ici quelques années, les dynamiques démographiques pourraient profondément modifier les équilibres du marché du travail. 

La raison tient en un choc démographique majeur. Le recul des naissances se traduit, à moyen terme, par une diminution des cohortes entrant sur le marché du travail : environ 150 000 jeunes de moins chaque année d’ici 2034. Autrement dit, la contraction des générations à venir pourrait réduire significativement le flux de nouveaux entrants, accentuant les tensions déjà présentes sur le marché de l’emploi. 

Moins de jeunes, mais toujours autant de jeunes éloignés de l’emploi : le paradoxe pourrait rapidement se transformer en pénurie de compétences. 

Moins de jeunes, mais toujours autant de jeunes éloignés de l’emploi : le paradoxe pourrait rapidement se transformer en pénurie de compétences

Un basculement silencieux en faveur de la jeunesse ?

Face à ces enjeux, VersLeHaut promeut la notion de « Responsabilité Éducative des Entreprises » (REE), invitant les employeurs à jouer un rôle actif dans la formation et l’éducation des jeunes. 

Mais aujourd’hui, cette responsabilité devient une nécessité. « Quand les entreprises auront compris que c’est dans leur intérêt de communiquer auprès des jeunes, elles auront gagné la bataille de l’emploi » affirmait un chef d’entreprise dans le secteur du textile pour appuyer la nécessité, pour les employeurs, de multiplier les immersions des jeunes en milieu professionnel dans une enquête dédiée (VersLeHaut, Collectif Orientation, Medef).5 

Les entreprises ne peuvent plus se contenter de recruter des candidats « prêts à l’emploi ». Elles doivent désormais contribuer à former, orienter et accompagner les jeunes, en particulier vers les métiers en tension, qui pour certains ne seront pas ou peu exposés aux transformations engendrées par l’intelligence artificielle.  

  • L’enjeu de l’orientation apparaît, dans ce cadre, central. Il ne s’agit plus uniquement d’élever le niveau de qualification, mais d’aider effectivement chaque jeune à la recherche d’un parcours adapté à ses aspirations comme aux besoins et réalités du marché du travail.  

    Lire notre article sur le sujet : Faire de l’orientation une cause collective 


    Certaines initiatives illustrent cette approche, en ciblant notamment les déséquilibres sectoriels. Les actions comme TechPourToutes visant à favoriser l’accès des jeunes femmes aux métiers du numérique en constituent un exemple, en répondant à la fois à des enjeux d’égalité et de besoins en compétences. 
  • La compréhension du monde professionnel constitue un autre enjeu majeur. Le Baromètre 2026 de VersLeHaut révèle ainsi que 30 % des jeunes n’ont jamais rencontré d’acteur économique local durant leur scolarité. Une proportion qui monte à 36 % chez les moins de 20 ans. Ce constat interroge le développement réel des dispositifs existants, tels que les stages ou les actions de découverte des métiers. 
     
    Car non seulement le travail est partiellement visible mais il est aussi, pour beaucoup de professions, de de moins en moins palpable, même avec la montée en puissance du télétravail qui fait tomber les barrières entre sphères privée et professionnelle. Comment donner à voir son travail quand celui-ci consiste essentiellement en des actes administratifs, largement informatisées, et en des réunions ? 
     
    Il est nécessaire de rendre les métiers visibles et appréhensibles. Ne pas donner aux jeunes un catalogue du monde du travail : les faire expérimenter, les immerger dans les réalités du monde du travail. 

    Lire notre enquête sur cette question : Immersions en entreprise, une école des compétences humaines 

    D’autant plus que certaines représentations du travail productif – de l’usine, du chantier ou des exploitations agricoles par exemple, mériteraient d’être données à voir sous leur forme actuelle : leur évolution rapide génère un décalage entre la représentation que l’on s’en fait et ce à quoi elles correspondent dans la réalité. C’est le cas de la filière hors-site (soit la construction de bâtiments en préfabriqué, majoritairement réalisée en usine) qui se développe très rapidement depuis quelques années et qui proposent des conditions de travail bien moins pénibles que le secteur du bâtiment par exemple. 
  • Dans ce paysage où l’école apparaît encore trop loin de l’entreprise, les associations occupent une place structurante. Très nombreuses, elles agissent de longue date pour favoriser ces rencontres. C‘est le cas de l’association Jeunesse et Entreprises ou d’autres structures du Collectif Orientation. Certains programmes ciblent plus spécifiquement les jeunes les plus éloignés de l’emploi, notamment les NEETs, en investissant des espaces insuffisamment couverts par les dispositifs publics.  
     
    Le baromètre Jeunesse&Confiance de VersLeHaut met en évidence un fait étonnant : ce sont les jeunes des quartiers prioritaires de la politique de la ville qui déclarent avoir eu le plus de contacts avec les acteurs économiques de leur territoire. Seuls 12% d’entre eux disent ne jamais en avoir rencontrés, et 47% déclarent en avoir rencontrés plusieurs fois – une proportion qui tombe à 27% chez les jeunes n’y résidant pas. Fruit du travail associatif dans les territoires ? 
  • L’entrepreneuriat est une source de remobilisation intéressante, pour peu qu’elle soit bien accompagnée. Dans une société marquée par une forte exigence de performance, l’erreur est peu tolérée, ce qui restreint les expérimentations, pourtant essentiels à la motivation et à la socialisation. Or, s’engager dans une démarche entrepreneuriale nécessite du temps, un environnement sécurisant, ainsi que la possibilité d’essayer sans être immédiatement confronté au risque d’échec. 

    C’est précisément l’ambition de programmes comme Entr&prends ton Avenir, qui visent à maximiser les chances d’offrir aux jeunes les plus éloignés de l’emploi un accompagnement adapté pour transformer cette dynamique en véritable opportunité d’insertion. 

Les difficultés d’accès à l’emploi des jeunes ne relèvent ni d’un manque d’initiatives, ni d’un défaut d’engagement des acteurs. Elles révèlent plutôt un défaut d’articulation entre des dynamiques qui peinent encore à se rejoindre : politiques publiques, système éducatif, monde économique et tissu associatif. 

Dans ce contexte, l’enjeu n’est sans doute pas tant d’ajouter de nouveaux dispositifs que de repenser les conditions d’une mise en cohérence. Comment rendre les parcours plus lisibles ? Comment mieux accompagner les transitions ? Comment, surtout, permettre à chaque jeune de trouver une place dans un monde du travail en transformation rapide ? 

Ces questions font apparaître une exigence commune : faire de l’insertion professionnelle une étape préparée, accompagnée et pleinement intégrée dans les parcours éducatifs. 

Camille de Foucauld

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1INSEE, « Au quatrième trimestre 2025, le taux de chômage atteint 7,9 % », publication, 10 février 2026. 

2 Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), Série statistique n°010752067 

3 Mouvement des entreprises de taille intermédiaire (METI), « Réaction au nouveau coup de rabot sur l’apprentissage », communiqué, 17 février 2026 

4 Les Echos, « Formation, apprentissage : la trésorerie de France compétences se dégrade de manière inédite », 15 novembre 2025 

5 Étude réalisée par le MEDEF et le Collectif Orientation avec Opnion Way, intitulée “Immersions en entreprise : une école des compétences humaines”, novembre 2024