L’orientation ne devrait pas être qu’une simple affaire de candidature en ligne, mais une suite de rencontres marquantes. Depuis près de quarante ans, l’association Jeunesse et Entreprises (AJE) agit comme un véritable trait d’union entre les entreprises et les établissements scolaires grâce à des partenariats structurants qui ouvrent aux jeunes les portes du monde réel.

Repères
¤ 30% de jeunes affirment n’avoir jamais rencontré d’acteur économique local durant leur scolarité ou leur formation (Baromètre VersLeHaut/OpinionWay, 2026).
¤ 28,8% des jeunes de moins de 26 ans en emploi était en contrat d’apprentissage en 2022 (INJEP, 2025).
¤ 29% des jeunes affirment que la première chose qui manque aujourd’hui dans les entreprises c’est une place pour leur parole (Fondation Jean Jaurès/Bva, 2024).

L’AJE transforme l’élève en acteur, capable de passer de l’observation d’un bilan comptable à l’élaboration et l’affirmation d’un plan pour l’avenir de l’entreprise. En poussant les portes des bureaux et des ateliers, ces jeunes ne découvrent pas seulement des métiers : ils commencent à tracer leur propre chemin, bousculant au passage les idées reçues sur une génération que l’on disait déconnectée du monde du travail.

Un pont entre deux mondes

Fondée il y a près de quatre décennies, l’association Jeunesse et Entreprises (AJE) agit comme un trait d’union entre le monde de l’entreprise et l’école. Sa mission dépasse la simple information : elle vise à instaurer un dialogue permanent entre le système éducatif et le monde économique. L’AJE cherche à donner du sens aux apprentissages chez les collégiens, lycéens et étudiants.

Le constat que fait l’association reste tout à fait pertinent : pour qu’un jeune puisse définir sa trajectoire, il faut d’abord qu’il soit capable de se projeter sur l’avenir. Pour cela il est indispensable qu’il identifie les perspectives possibles. L’association œuvre donc pour que l’entreprise, de la petite PME locale au grand groupe international en passant par le secteur associatif, soit perçue comme un lieu de création et de collaboration. En mobilisant des bénévoles issus du monde professionnel auprès des jeunes au sein ou en dehors des établissements scolaires, elle réintroduit le “réel” au cœur du parcours scolaire.

L’AJE aide donc les jeunes à s’orienter en leur faisant découvrir la réalité du terrain. Cette reconnexion au réel passe par plusieurs actions organisées comme :

  • Les visites innovantes d’entreprises : à travers l’action reporter, des collégiens et lycéens ont la possibilité de rencontrer une entreprise partenaire qui vient présenter son métier au sein de la classe. Puis, la classe va découvrir l’entreprise de l’intérieur, « sur site ». A la fin de cette visite, un travail de restitution doit être réalisé sous forme de reportage et le meilleur « article » sera sélectionné par un jury.
  • Le stage de 3ème et de 2nde : l’association accompagne les établissements scolaires pour les aider à trouver des stages de qualité aux élèves, en évitant le « stage photocopie » et privilégier une véritable observation des fonctions d’une entreprise.
  • Les Hackathons et Escales AJE : ce sont des actions qui permettent de réfléchir à une future situation professionnelle et aux évolutions du marché de l’emploi des jeunes sur le territoire. Cela se fait par exemple à travers des masters class où des professionnels viennent partager leurs expériences et expliquer comment devenir entrepreneur ou intrapreneur.

Les Challenges AJE : entre exigence et bienveillance

En parallèle de ces actions se trouvent les Challenges AJE que l’association place au cœur de sa démarche pédagogique. Le principe est simple : placer les jeunes dans une posture d’acteurs de leur propre parcours. Ils doivent se renseigner sur une structure, en comprendre les rouages financiers et techniques, avec des questions parfois très pointues sur le fonctionnement de l’entreprise comme le chiffre d’affaires par exemple. A la fin de l’enquête, ils proposent des solutions concrètes à des problématiques de développement ou d’innovation.

L’ensemble des candidats doivent réaliser un dossier sur l’entreprise de leur choix. Ce dossier doit démontrer que l’entreprise est leader dans l’une des six thématiques choisies – qui sont toujours en lien avec les enjeux actuels du monde économique : réussite du projet entrepreneurial ; recherche, innovation, numérique ; pérennisation, gestion des risques ; transition énergétique, écologie ; RSE, responsabilité sociétale de l’entreprise ; développement international. Les étudiants doivent faire la démarche de rencontrer les personnels et dirigeants de l’entreprise pour pouvoir étoffer leur dossier. Cela permet une vraie rencontre entre le monde de l’entreprise et les jeunes.

Après la rédaction du dossier, six groupes sont retenues pour la finale où ils devront pitcher l’entreprise qu’ils ont sélectionnée. Ainsi, tour à tour, les étudiants se présentent par groupe devant un jury composé d’entrepreneurs ou de directeur des ressources humaines. Cette année, la finale a eu lieu le 31 mars 2026 au lycée le Rebonds à Paris !

Les présentations brillent souvent par leur dynamisme, empruntant parfois les codes de la comédie pour captiver l’auditoire. Elles sont bien construites et très denses. Mais le jury ne se laisse pas séduire par la seule forme : les questions qu’ils posent sont techniques, les analyses de chiffres d’affaires sont passées au crible et les solutions proposées sont jugées sur leur viabilité réelle. Cela demande un travail certain, un des groupes exprime que « c’est enrichissant de pouvoir comprendre le fonctionnement d’une entreprise dans les détails ».

« C’est stimulant de passer devant tant de personnes à l’oral et de ressentir cette forme de pression », une des lauréates de l’édition 2026

L’exigence est valorisée et l’association considère en ce sens les jeunes comme de véritables professionnels en devenir. C’est ce que Catherine Sponchiado, bénévole et animatrice de l’après-midi résume par la formule : « Exigence mais bienveillance ». La bienveillance n’est pas synonyme de complaisance, mais un accompagnement rassurant qui permet aux candidats d’affronter une sélection rigoureuse sans crainte de l’échec.

Par ailleurs, le président du jury souligne que les présentations ont montré une grande maturité dans les recherches et réflexions, une véritable aisance sur des sujets complexes sur l’entreprise et une véritable solidarité entre les membres des équipes. Cette expérience produit en effet des résultats tangibles sur la posture des élèves : « Ça m’a permis de prendre confiance en moi », témoigne Juliette, lauréate de l’édition précédente.

Pour une meilleure orientation au local ?

L’AJE cherche à montrer aussi qu’au-delà des chiffres et de la stratégie, c’est l’aspect humain qui est remis au centre de l’entreprise. Les jeunes découvrent que derrière les organigrammes se cachent des parcours de vie différents, des engagements et une culture d’entreprise particulière. Ces Challenges de l’AJE agissent comme un levier d’émancipation. En effet, les jeunes ne se contentent pas de présenter l’entreprise mais ouvrent les portes de filières spécifiques et de métier techniques qui leur semblaient hors de portée où qu’ils ne connaissaient pas. Les présentations ont aussi été beaucoup tournée vers la découverte et la promotion du local. Effectivement, lors des présentations une forte valorisation des entreprises locales et familiales a été mise en avant par les jeunes.

Les jeunes découvrent que derrière les organigrammes se cachent des parcours de vie, des engagements et une culture d’entreprise.

L’organisation des Challenges s’appuie donc sur une conviction forte, qu’elle peut changer la perception des jeunes notamment sur les possibilités qui s’offrent à eux localement. Cette réflexion est partagée par Jean-Marie Lambert, ancien DRH[1] de grands groupes (Vinci, Véolia). Pour lui, la réponse à ces enjeux d’insertion professionnelle réside dans l’ancrage local. Fort de son expérience et des échanges avec les étudiants, il constate que la force d’une entreprise réside désormais dans sa capacité à valoriser les ressources de son territoire.

Contre les discours alarmistes sur le « désengagement » des jeunes, il porte un regard encourageant en certifiant aux jeunes dans la salle : « N’écoutez pas les “c’était mieux avant” vous vous en sortirez très bien ! ». Pour lui, le nouveau rapport au travail n’est pas une menace, mais un changement de conception du travail que les DRH doivent accompagner. L’entreprise doit devenir un lieu où l’on apprend à écouter pour comprendre, à faire preuve de modestie et à savoir formaliser sa pensée pour proposer des idées neuves.

« N’écoutez pas les “c’était mieux avant” vous vous en sortirez très bien ! »

C’est précisément cette posture de « réflexion en action » que les Challenges AJE viennent tester : en invitant les élèves à écouter le terrain avant de prescrire des solutions, ils transforment une simple étude de cas en une véritable leçon de citoyenneté économique.

Les actions que portent l’AJE sont des outils d’orientation majeur. En découvrant le monde du travail et des entreprises, les jeunes réalisent que des opportunités existent à proximité alors qu’ils n’en avaient pas forcément consciences. Les jeunes étudiants développent également des compétences essentielles à la vie d’une entreprise telles que la solidarité et l’entraide entre pairs.

Réenchanter le lien au travail

Les jeunes ne sont plus spectateurs d’un marché du travail qui leur fait peur mais mettent déjà un pied dans l’entreprise. Cela les aide pour s’insérer professionnellement mais aussi et surtout pour trouver leur voie plus facilement !

Et si le véritable enjeu de l’éducation était là : non dans l’accumulation de savoirs théoriques, mais dans cette capacité à donner aux jeunes le goût du projet et la certitude que leur avenir n’est pas une fatalité, mais un horizon à construire. Reste une question : comment généraliser ces moments de rencontre pour que chaque jeune puisse un jour franchir le seuil d’une entreprise avec la fierté d’avoir quelque chose à y apporter ?

Adélaïde Boutin-Chalony

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[1] Directeur des ressources humaines