Portées par l’Afev, les KAPS (Kolocations à Projets Solidaires) proposent à des jeunes de s’engager au cœur des quartiers populaires en y habitant. En faisant de leur lieu de vie un espace d’engagement, les kapseurs deviennent des ressources éducatives de proximité, à la fois habitants, bénévoles et acteurs du quotidien, contribuant de manière discrète mais durable aux dynamiques locales.
| Repères ¤ L’action locale renforce la confiance et l’optimisme des jeunes (Baromètre Jeunesse&Confiance, 2026) ¤ 29% des étudiants n’avaient pas de logement pérenne à la rentrée de septembre 2025 (syndicat Union étudiante, 2025). ¤ 84% des kapseurs sont étudiants et 8% sont salariés (Baromètre KAPS de l’AFEV, 2024). |
S’investir dans son quartier, faire l’expérience de la proximité
Pour les jeunes engagés en KAPS, la proximité commence par une expérience concrète et souvent inédite : habiter un quartier populaire dans lequel ils n’auraient, pour la plupart, jamais envisagé de vivre. Cette installation marque une rupture avec des formes plus distantes d’engagement. Le quartier n’est pas un lieu d’intervention ponctuelle, mais un espace de vie, traversé chaque jour, observé dans ses usages ordinaires, rencontré dans sa diversité.
Le quartier n’est pas un lieu d’intervention ponctuelle, mais un espace de vie.
En arrivant, les jeunes ne sont ni attendus comme des experts, ni immédiatement identifiés comme des acteurs du quartier. Ils font l’expérience d’une présence discrète, celle « d’anonymes parmi les anonymes »[1], qui les place dans une posture d’attention et d’apprentissage. Avant d’agir, il s’agit d’habiter, de comprendre, de s’ajuster aux rythmes et aux codes du lieu. Cette position favorise une relation plus horizontale, dans laquelle la rencontre précède l’engagement.
Cette proximité est rendue possible par un cadre préparé avec les acteurs locaux, qui sécurise l’arrivée des jeunes et facilite leur intégration. Cela se traduit par des premières actions simples, très souvent par du mentorat, qui permet de rencontrer rapidement les enfants et leurs familles. Progressivement, les jeunes apprennent à se situer dans le quartier et à y être utiles sans s’imposer.

Les KAPS, des micro-projets à impact territorial
À l’échelle du quartier, les KAPS fonctionnent comme des micro-projets à impact territorial, dont les effets se déploient à plusieurs niveaux et à différentes échelles. Les jeunes viennent renforcer les dynamiques existantes en s’insérant dans le tissu associatif local, en apportant un soutien aux structures de proximité et en contribuant à des actions déjà identifiées comme prioritaires.
Pour les jeunes, cette implication constitue un apprentissage du « faire avec ». Ils s’inscrivent dans un écosystème qu’ils apprennent à connaître et à respecter. Avec le temps, ils deviennent des personnes-ressources reconnues pour leur disponibilité, mais aussi pour leur connaissance du quartier et leur motivation. Cette reconnaissance participe fortement à leur sentiment d’utilité et à leur confiance.
Au-delà des actions formelles, des micro-effets naissent de la présence des jeunes. Les échanges informels avec les voisins, l’entraide du quotidien ou les relations avec les commerçants contribuent à transformer l’ambiance à une échelle très fine mais essentielle pour la vie du quartier. Les jeunes font l’expérience d’un impact discret, mais réel, ancré dans des sociabilités ordinaires.
« Moi, le quartier va me manquer, parce que j’y ai fait des connaissances. Quand je vais au bureau de tabac, le fils du propriétaire a le même prénom que moi. Même au Carrefour, je connais des jeunes du quartier, mais aussi des personnes âgées. Du coup, oui, ça va me manquer. » Kapseur à Caen[2]
S’engager pour habiter son quotidien
Ce qui distingue l’engagement des jeunes en KAPS, c’est qu’il est indissociable de leur lieu de vie. Les jeunes sont à la fois habitants et bénévoles du territoire, ce qui transforme profondément la nature de leur engagement. Celui-ci n’est plus un temps à part, mais une dimension intégrée du quotidien, qui se déploie au fil des semaines et des rencontres.
Cette forme d’engagement diffus repose sur une « présence agissante »[3], faite de régularité, d’attention et de disponibilité, notamment le soir et le week-end. Sans occuper une fonction institutionnelle, les jeunes deviennent des voisins impliqués, identifiés pour leur présence et leur écoute. Cette posture leur permet de développer des compétences relationnelles fortes : capacité d’adaptation, patience, travail en équipe, écoute.
Les jeunes sont à la fois habitants et bénévoles du territoire.
La vie en colocation joue un rôle central dans cette expérience. Elle rompt l’isolement, soutient l’engagement et offre un cadre collectif sécurisant, facilitant la conciliation entre études, vie personnelle et engagement solidaire. Pour beaucoup, cette expérience constitue un moment structurant de leur parcours, souvent décrit comme fondateur dans leur passage à l’âge adulte.
En faisant l’expérience d’un engagement ancré dans leur lieu de vie, les jeunes développent une autre manière de s’impliquer : plus continue et moins dissociée du quotidien. Cette expérience transforme leur regard sur les territoires et sur leur propre capacité à y prendre place.
Alexanne Bardet

[1] Propos recueillis lors d’un échange avec Kheira Boukralfa, Responsable nationale Logement à l’AFEV.
[2] Verbatim issu de la Synthèse d’évaluation d’impact : « Les kaps, des étudiants au service des quartiers populaires », 2024.
[3] Formulation empruntée à la Synthèse d’évaluation d’impact : « Les kaps, des étudiants au service des quartiers populaires », 2024.