Article rédigé par Michèle Foin dans le cadre de la sortie de l’étude “Éducation : faisons le pari de la proximité”

Le think tank VersLeHaut a publié, ce 20 avril 2026, une étude sur la proximité éducative et l’a présentée au Sénat. Sa déléguée générale, Marie-Caroline Missir, plaide pour un pilotage local renforcé face aux défis démographiques et sociaux.

VersLeHaut publie ce lundi sa nouvelle étude « Éducation : faisons le pari de la proximité ». Pourquoi avoir choisi ce thème ?

Marie-Caroline Missir : Il s’agit d’éclairer le débat, alors que le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé un nouvel acte de la décentralisation. C’est pour cela que nous avons choisi d’apporter notre éclairage sur les relations entre l’éducation et les territoires. Nous voulions à la fois relire l’histoire de la décentralisation de l’éducation depuis le début des années 80, et regarder à quelles conditions la place des territoires peut augmenter dans le pilotage éducatif local.

Les grandes crises que nous vivons, la baisse démographique et la crise climatique notamment, sont une opportunité pour que les territoires travaillent mieux et de manière plus fluide avec l’Éducation nationale. Nous ne prônons pas un nouvel acte de décentralisation. Nous formulons des propositions peu coûteuses, qui donnent plus de pouvoir aux territoires et fluidifient le pilotage éducatif local. Le véritable enjeu, c’est la coopération locale autour de l’enfant.

Comment avez-vous mené cette étude ?

Marie-Caroline Missir : Cette étude, c’est un an de travail pour une équipe tout à fait modeste, avec un rapporteur et un comité d’orientation. Ce dernier, pluridisciplinaire, s’est réuni tous les deux mois et représente tous les acteurs éducatifs locaux. Nous voulions vraiment croiser les regards, en menant plusieurs dizaines d’auditions, et surtout, des visites de terrain, pour dénicher des « pépites éducatives ». Ces cas pratiques, détaillés dans le rapport, mettent en lumière des initiatives très concrètes et qui fonctionnent.

Vous mettez en doute le caractère national du ministère de l’Éducation nationale. Pourtant, les enseignants lui sont profondément attachés et refusent toute idée de décentralisation.

Marie-Caroline Missir : Le sujet a évolué. La façon dont l’école s’est construite dans notre pays avec une même offre éducative, quel que soit le territoire, fonde notre pacte politique. Mais nous déplorons de profondes inégalités entre territoires. Cela réinterroge la capacité de l’éducation à être pilotée sans prendre en compte la diversité des territoires et des acteurs. Aujourd’hui, on voit bien qu’à la fermeture d’une école, tout un collectif éducatif monte au créneau. C’est le fruit de la tension entre une promesse nationale et la revendication de la prise en compte des besoins des acteurs locaux. Il s’agit de sortir du silo : l’Éducation nationale d’un côté, et les collectivités, tiroirs-caisses, de l’autre ! Depuis les grandes lois de décentralisation, les collectivités jouent un rôle éducatif qui va bien au-delà du financement des bâtiments scolaires et des équipements.

De quelle manière la baisse démographique est-elle une opportunité « de repenser les formes scolaires » et le « pilotage territorial de l’éducation » ?

Marie-Caroline Missir : Avec les fermetures de classes, des espaces vont se libérer. Plutôt que de fermer les écoles, pourquoi ne pas leur donner une autre destination ? Accueillir des associations, doter les enseignants d’un bureau, aménager les classes pour accueillir les enfants de 0 à 6 ans, ouvrir les écoles aux professions du médico-social pour accompagner le développement de la santé mentale des enfants, notamment des adolescents… Tout cela se construit avec les élus, dans une logique d’aménagement du territoire, et non de massification scolaire. Il va falloir changer de logiciel pour travailler sur la continuité des temps de l’enfant et ses autres besoins et cesser d’opposer temps scolaires aux temps périscolaires.

Vous proposez aussi de créer un préfet délégué aux affaires éducatives, ce qui n’existe pas du tout aujourd’hui.…

Marie-Caroline Missir : Oui, et cette proposition risque de faire grincer quelques dents, notamment celles des recteurs. Leurs prérogatives sont importantes et le fait de confier plus de responsabilités aux préfets en matière éducative pourrait donner l’impression de diminuer leurs pouvoirs. Nous pensons au contraire qu’il faut sortir de ce type de concurrence et favoriser les collaborations, y compris au sommet de l’État. Cette nouvelle mission des préfets, à inventer, permettrait de fluidifier la collaboration entre représentants de l’Éducation nationale et ceux des collectivités, sachant que le rôle des préfets a récemment été renforcé en matière de pilotage éducatif local.

Pourquoi reparler des établissements publics locaux de coopération éducative, introduits par la loi Borloo du 18 janvier 2005, mais dont le décret d’application n’a jamais été publié ?

Marie-Caroline Missir : C’est un des leviers pour renforcer la gouvernance locale de l’éducation, sans nouveau transfert de compétences. Nous avons là l’exemple d’une proposition pour renforcer l’autonomie des cités éducatives, un dispositif qui fonctionne assez bien. Or ce décret, qui n’a jamais été publié, permettrait de leur offrir une meilleure assise juridique. Appliquons déjà les lois qu’on se donne et publions les décrets !

Confier à un élu local la présidence du conseil d’administration des établissements publics locaux d’enseignement (EPLE) : ne craignez-vous pas une levée de boucliers des chefs d’établissement face à cette proposition ?

Marie-Caroline Missir : Quand on veut faire le pari de la proximité éducative, il faut aller jusqu’au bout. Renforcer le pouvoir du territoire, cela va jusqu’au CA des EPLE. Cela fonctionne déjà avec les Cités éducatives et leur troïka de gouvernance. Cette proposition incarne le mieux le pari de la proximité éducative.

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