Élections et éducation. Voilà deux mots rarement mis côte-à-côte dans le débat public alors que, s’agissant des élections municipales des 15 et 22 mars, l’enjeu et les conséquences en matière d’éducation sont grands. L’éducation renvoie dans notre imaginaire à l’Éducation nationale. Rarement à la commune dont les compétences en matière éducatives excèdent pourtant les seules questions du bâti scolaire, de la cantine ou du financement des équipements.
Pourtant, depuis les lois de décentralisation des années 80, les collectivités locales façonnent les conditions matérielles, les rythmes, les environnements, les partenariats de l’éducation. Elles ne décident pas des programmes mais jouent un rôle important puisqu’elles créent les conditions de l’apprentissage et de l’enseignement des plus jeunes.
Un gymnase ouvert après l’école, une cantine accessible à tous, une salle pour répéter avec son groupe de musique, une animation sur la pause déjeuner, un foyer de jeunes pour monter un projet associatif, un bus qui permet d’aller à l’entraînement ou au conservatoire… Autant d’initiatives qui soulignent le rôle éducatif d’une commune. Car une municipalité dispose de nombreux leviers pour agir sur le quotidien des enfants, des familles et des jeunes.
Nous vous invitons à tester les listes candidates au bingo de VersLeHaut (à retrouver à la fin de l’article).
La commune, acteur structurant de l’expérience éducative quotidienne
En France, l’éducation ne relève pas uniquement de l’État. Elle mobilise un ensemble d’acteurs publics et de politiques qui représentent des moyens considérables dont les collectivités territoriales avec environ 40 milliards d’euros par an consacrés à l’éducation. S’agissant des communes précisément, elles occupent une place centrale dans cet effort collectif. En 2023, elles assuraient à elles seules 54,2% des dépenses d’éducation des collectivités, notamment à travers le financement et la gestion des écoles primaires. Les compétences des élus locaux sont très vastes. Elle peuvent être rassemblées en trois familles : l’école primaire, le périscolaire et l’extrascolaire, et enfin, les conditions d’accès aux ressources éducatives.
L’école primaire : des responsabilités essentielles
Depuis les années 1980, les communes sont responsables du fonctionnement matériel des écoles maternelles et élémentaires. Elles construisent et entretiennent les bâtiments scolaires, équipent les classes et organisent des services essentiels au quotidien des élèves comme la restauration scolaire. Elles emploient également les personnels municipaux qui accompagnent les enfants dans la vie scolaire, notamment les ATSEM (Agent Territorial Spécialisé des Écoles Maternelles).
Ces responsabilités peuvent sembler essentiellement techniques, mais elles façonnent concrètement les conditions d’apprentissage. Que ce soit la qualité des locaux, l’accès aux équipements pédagogiques, l’organisation de la cantine ou encore la présence d’adultes pour accompagner les plus jeunes, ce sont autant d’actions qui influencent directement le quotidien des élèves et des équipes éducatives.
Les temps éducatifs autour de l’école
Les municipalités organisent ou soutiennent également les activités périscolaires et extrascolaires : accueils de loisirs, activités sportives et culturelles, dispositifs d’accompagnement scolaire ou encore accès aux équipements publics comme les médiathèques, gymnases ou conservatoires. Ce sont également les communes qui recrutent les animateurs du périscolaires ou les ATSEM.
Ces ressources constituent une part importante de l’environnement éducatif des jeunes. Selon notre baromètre Jeunesse&Confiance de 2026, trois jeunes sur quatre estiment avoir facilement accès à des équipements sportifs ou culturels sur leur territoire. Ces lieux et ces activités participent à l’apprentissage de compétences sociales, culturelles ou citoyennes qui complètent l’éducation reçue à l’école.
Les conditions d’accès à ces ressources
Au-delà de l’offre éducative elle-même, les communes jouent également un rôle déterminant dans les conditions d’accès à ces ressources. Les politiques de transport, l’existence de lieux dédiés aux jeunes, le soutien à la vie associative ou encore l’accompagnement des initiatives locales influencent directement la capacité des enfants et des adolescents à participer à ces activités.
80% des jeunes déclarent avoir déjà renoncé à une activité sportive, culturelle ou à un rendez-vous de santé faute de solution de transport adaptée.
À cet égard, la question de la mobilité apparaît centrale. Nous observons également dans notre baromètre Jeunesse&Confiance 2026 que 80% des jeunes déclarent avoir déjà renoncé à une activité sportive, culturelle ou à un rendez-vous de santé faute de solution de transport adaptée. Les décisions prises à l’échelle locale peuvent donc peser très concrètement sur les opportunités offertes aux jeunes et sur leurs parcours éducatifs.
Pourtant, ces responsabilités locales restent largement méconnues. Notre baromètre annuel révèle que les parents et les jeunes identifient encore mal le rôle des communes dans la gestion concrète des écoles et des activités périscolaires. Près d’un parent sur deux n’identifie le rôle des communes dans la gestion des écoles primaires ou du personnel périscolaire. Une proportion qui augmente à pratiquement les deux tiers s’agissant des 16-25 ans.

La commune ne décide donc pas des programmes scolaires mais structure une grande partie de l’expérience éducative quotidienne des enfants et des jeunes. Pourtant, ces responsabilités locales restent largement méconnues. Une meilleure compréhension du rôle éducatif des communes pourrait pourtant nourrir un débat local plus éclairé et renforcer la participation citoyenne autour de ces enjeux.
En effet, en France, plus de la moitié des habitants vivent dans une famille avec enfant(s)[1]. À cela s’ajoute le poids démographique de la jeunesse : les moins de 18 ans représentent près de 14 millions de personnes, soit une part importante de la population française[2].
Rendre plus visible le pouvoir d’actions éducatives des communes constitue un enjeu démocratique autant qu’éducatif.
Autrement dit, entre les jeunes, les parents et plus largement les familles concernées par l’éducation, ce sont plusieurs dizaines de millions de citoyens directement concernés par les décisions éducatives locales. Rendre plus visible le pouvoir d’agir des communes dans ce domaine constitue donc un enjeu démocratique autant qu’éducatif.
De gestionnaire d’équipements à acteur éducatif stratégique
Construire une politique éducative territoriale
Dans certaines communes, l’action éducative ne se limite plus à la gestion des bâtiments scolaires ou à l’organisation des services périscolaires. Elle devient un véritable projet politique, pensé à l’échelle du territoire. Les municipalités élaborent ainsi des projets éducatifs de territoire (PEDT), qui visent à coordonner l’action de l’ensemble des acteurs intervenant auprès des enfants et des jeunes : écoles, associations, clubs sportifs, structures culturelles, services sociaux ou encore bibliothèques. Institués par la réforme des rythmes scolaires en 2013, ces projets ont progressivement installé l’idée qu’une politique éducative ne se limite pas à l’école mais se construit dans l’ensemble des lieux et des temps de vie des enfants.
Partout en France, des collectivités montrent qu’une commune peut devenir un véritable acteur éducatif. À Rennes ou Nantes, la politique éducative est pensée à l’échelle des quartiers pour s’adapter aux contextes d’une grande ville et mobiliser les acteurs de proximité. Dans le Libournais, en Gironde, l’intercommunalité a construit une politique jeunesse couvrant 45 communes, avec des espaces dédiés aux jeunes et un accompagnement de leurs initiatives. À Saint-Paul, à La Réunion, c’est un projet éducatif global qui assure la continuité éducative à l’échelle du territoire et relie école, périscolaire, culture et politique de la ville ensemble.
Entre écoles, familles et espaces périscolaires, les enfants naviguent dans un univers éclaté. Aujourd’hui, l’organisation des temps de l’enfant est par exemple davantage déterminée par les contraintes des adultes, des institutions ou des territoires – logistiques, économiques ou administratives – que par les besoins et le bien-être de l’enfant. Les horaires scolaires tiennent compte des rythmes de travail des parents, et le périscolaire en est la variable d’ajustement.
Dans ce contexte, la capacité des collectivités locales à coordonner les initiatives et à faciliter les coopérations devient un levier central pour améliorer l’expérience éducative des jeunes et réduire certaines inégalités d’accès aux ressources éducatives. Pour s’assurer que les collectivités locales prennent la mesure de l’enjeu, il apparait nécessaire, à l’approche des municipales, de veiller à ce que les listes candidates portent un véritable projet éducatif de territoire. Le bingo ci-dessous peut servir d’outil pour y voir plus clair.
Faire de la jeunesse une ressource pour le territoire
Au-delà des politiques destinées aux enfants, les municipalités sont également en mesure d’encourager l’engagement et l’initiative des jeunes. Conseils municipaux de jeunes, budgets participatifs, consultations citoyennes ou projets associatifs soutenus par la commune : autant de dispositifs qui permettent aux jeunes de prendre part à la vie locale.
Les résultats du baromètre Jeunesse&Confiance 2026 de VersLeHaut montrent d’ailleurs l’impact de ces démarches : 82 % des jeunes sollicités pour participer à un projet local se disent optimistes pour leur avenir, contre 70 % pour ceux qui n’ont jamais été sollicités. La participation locale semble également renforcer leur confiance dans le système éducatif et dans les institutions. L’action municipale peut ainsi devenir un puissant levier de mobilisation et d’engagement pour la jeunesse, à condition que les jeunes soient réellement associés aux projets qui concernent leur territoire.
Une mobilisation croissante des acteurs éducatifs
Dans le débat national, l’éducation ne figure pas comme une priorité pour les jeunes eux-mêmes. Le classement ci-dessous ne signifie pas que l’éducation serait secondaire dans leur vie. Il reflète plutôt le contexte dans lequel les jeunes construisent leurs préoccupations – leurs trajectoires professionnelles restent incertaines et l’accès à l’emploi demeure un enjeu structurant et compliqué[3].

Alors qu’un jeune sur deux considère les élus locaux comme moteurs de son engagement, à l’approche des élections municipales, fédérations, syndicats, ONG, associations, poussent à travers leurs plaidoyers, les futurs élus à replacer l’éducation et la jeunesse au cœur des politiques locales. Car l’éducation se joue dans les choix des exécutifs locaux, et pas seulement dans les couloirs des ministères ou des rectorats.
Ainsi, UNICEF France appelle les futurs élus municipaux à renforcer la place des enfants dans les politiques publiques locales, notamment à travers le développement de dispositifs de participation et la prise en compte systématique de l’intérêt supérieur de l’enfant dans les décisions municipales. L’Association nationale des directeurs de l’éducation des villes (ANDEV) plaide quant à elle pour un pilotage éducatif local plus structuré, capable de mieux coordonner les acteurs de l’école, de l’animation et de l’action sociale.
D’autres acteurs comme les CEMEA (Centres d’Entraînement aux Méthodes d’Education Active) et la Ligue de l’enseignement rappellent l’importance de l’éducation populaire et de l’accès aux pratiques culturelles, sportives et citoyennes pour tous les jeunes, quels que soient leur territoire ou leur milieu social.
Malgré leurs approches différentes, ces plaidoyers convergent sur plusieurs points : la nécessité de penser l’éducation au-delà de l’école, de renforcer les coopérations entre acteurs éducatifs et de donner aux jeunes une place plus importante dans la vie démocratique locale. Autant d’enjeux qui prennent une coloration différente alors que nous serons appelés aux urnes ces dimanches 15 et 22 mars.
C’est précisément dans cette perspective que nous proposons ci-dessous un bingo des politiques éducatives locales. L’objectif : aider les citoyens à repérer, dans les programmes des listes candidates, les propositions qui concernent réellement l’éducation, l’enfance et la jeunesse.
Alexanne Bardet, responsable du réseau éducation
[1] Chiffres clefs des familles en France, UNAF, 2024.
[2] Insee première n° 2032, janvier 2025.
[3] Entre mai 2023 et mai 2024, le chômage des jeunes a augmenté, passant de 16.9 % en mai 2023 à 17.9 % en mai 2024. Source : « Perspectives de l’emploi de l’OCDE 2024 – Notes pays : France », 2024.