S’orienter. Trouver sa voie. Découvrir les métiers. Choisir ses études et son avenir…

Les représentations et les mots liés à l’orientation scolaire renvoient au choix et à la capacité à faire le bon, à la voie qu’il s’agirait d’emprunter quand plusieurs chemins se présentent à vous. « Que veux-tu faire plus tard ? ». La question rebute bien des adolescents tant elle concentre les attentes des adultes et les angoisses liées à l’avenir, dans un pays qui garde le culte du diplôme et hiérarchise les voies pour y parvenir (ne parle-t-on pas de voie « royale » ?).

Or, avec le boom démographique, la massification de l’enseignement, les taux d’échec stratosphériques en licence, et la croissance continue de l’enseignement privé, l’orientation s’est mise à rimer avec sélection, et à se conjuguer à la voie passive. « Être orienté » plutôt que « s’orienter » : l’expression dit bien la peur de l’échec, de la relégation et souligne combien la machine à s’orienter est grippée. « La politique d’éducation à l’orientation en France a été marquée par une multiplicité de réformes créant une confusion dans les objectifs politiques visés, malgré un fort investissement des acteurs de terrain. Cela se traduit localement, par une difficulté de coordination entre les différents acteurs et par un manque de lisibilité de l’offre pour les élèves et leurs familles. Au total, le processus d’orientation présente toujours de fortes inégalités sociales et de genre se traduisant entre autres par des phénomènes d’autocensure », soulignait le CNESCO dès 2018.

Découverte des métiers en 5e, second professeur principal chargé de l’orientation, 54 heures d’orientation instaurées au lycée… : la dernière réforme en date, baptisée « Plan Avenir » a été présentée par l’ex-Ministre Elisabeth Borne, à la suite d’une concertation nationale initiée par l’éphémère Ministre Alexandre Portier. Le plan Avenirs entend lutter contre les inégalités, améliorer la gouvernance partagée, clarifier et coordonner les rôles de chacun, favoriser les passerelles et mieux accompagner les jeunes tout au long du processus d’orientation. Parallèlement, ParcourSup fait l’objet d’une mission flash par la Commission des Affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale. La plateforme « continue néanmoins de susciter des interrogations et de la défiance dans une partie de l’opinion publique. La mission flash a pour objectif d’évaluer le dispositif, en prenant en compte aussi bien sa dimension technique que ses conséquences sociales », justifient les rapporteurs.

Comment expliquer l’incapacité des réformes successives à enrayer les inégalités liées à l’orientation ? Comment comprendre la cristallisation des critiques autour de Parcoursup, mine d’informations et outil remarquable ? « Parcoursup fonctionne plutôt bien. Les progrès sont constants. Chaque année des fonctionnalités sont ajoutées pour éclairer les lycéens dans leur démarche : débouchés, pourcentages d’admis selon les choix de spécialités », abonde Sophie de Tarlé, rédactrice en chef du Figaro Étudiant et spécialiste de l’orientation. Mais l’angoisse des parents reste prégnante.

Pour Frédérique Alexandre-Bailly ancienne directrice générale de l’ONISEP et co-directrice du centre d’expertise et de recherche pour la transformation de l’éducation : « Les jeunes ressentent une violence sociale : le contrat psychologique reposait sur l’idée qu’en décrochant le bac, on accède aux études supérieures, or le processus de sélection fait ressentir qu’on n’est pas attendu dans le supérieur. Cette réalité-là est intégrée par les familles informées qui mettent en place très tôt des stratégies adaptées socialement, mais qui ne vont pas toujours dans le sens choisi par leurs enfants. S’ajoute à cela le mythe du « tout est possible », qui, face au choix à opérer

entre 25 000 formations donne le vertige. Enfin, le message que les jeunes perçoivent reste qu’ils n’ont pas le droit aux essais/erreurs ».

S’ajoute à cela les jeux d’acteurs qui refusent de regarder les progrès de cette politique publique et diffusent volontiers un discours alarmiste. Le bras de fer avec les Régions qui réclament le pilotage de l’orientation en est l’illustration. Difficile en effet de décentraliser uniquement l’orientation, sans régionaliser toute l’Éducation ! Quant aux 54 heures, elles sont rarement appliquées, faute de moyens.

L’orientation agit ainsi comme un révélateur des maux de l’éducation : inégalités croissantes, faiblesse de gouvernance, absence de coordination des acteurs, peur de l’échec, disette budgétaire. Mais surtout complexité. « 25 000 formations ! Comment ne pas avoir peur de se tromper ? », soupire Sophie de Tarlé. « Avant d’accuser Parcoursup ou l’enseignement privé, il faudrait que le Ministère de l’Enseignement supérieur fasse un gros effort de simplification : pourquoi autant de prépas différentes PT, MP, PC, ECG… de BTS, de BUT, de CPES, PASS…Le ministère a même publié un annuaire des sigles sur son site ! Nos voisins sont beaucoup plus simples ». Un manque de lisibilité qui dessert les familles les moins favorisées, et qui contribue aussi au succès des formations hors Parcoursup.

Au-delà de la focalisation excessive sur la plateforme, le débat récent sur la « valeur » du bac et des notes du contrôle continu pose une question vive : comment restaurer la confiance dans la capacité du système éducatif à amener les jeunes à s’épanouir et réussir leurs études ? Comment faire place à une éducation au choix et à l’orientation qui associe les familles et les rassure ? C’est bien cette confiance qui s’avère profondément érodée aujourd’hui, et qui nécessite la mobilisation et surtout la coordination de tous les acteurs.